Emmanuel Guy et Laurence Le Bras (sous la direction de), Guy Debord. Un art de la guerre

Emmanuel Guy et Laurence Le Bras (sous la direction de), Guy Debord. Un art de la guerre. Paris, Éd. BnF et Éd. Gallimard, 2013, 224 p. Ill. n/b. et couleurs

Emmanuel Guy, historien de l’art et chargé de recherche documentaire et Laurence Le Bras, conservatrice au département des manuscrits à la Bibliothèque nationale de France (BnF) sont les commissaires de l’exposition Guy Debord. Un art de la guerre qui fut présentée du 27 mars au 13 juillet 2013. Ils sont également les responsables du très beau catalogue qui l’accompagne. Ces deux réalisations ont été rendues possibles grâce au traitement des archives du poète, penseur et éditeur Guy Debord (1931-1994) classées trésor national en 2009 et acquises en 2011 par la BnF. Pour l’auteur du célèbre ouvrage La Société du spectacle, cette consécration pourrait être vue comme un désaveu de sa pensée, mais il faut plutôt y apercevoir une victoire qui, tout compte fait, ne lui déplairait pas. Même s’il soulignait en 1961 que son oeuvre fait l’objet d’un effacement dans les domaines de l’art et de l’histoire des idées, force est d’admettre que depuis plusieurs décennies ses réflexions sur l’homme et la société trouvent, principalement chez les intellectuels et les artistes, un écho favorable.

Après un texte d’introduction signé par les commissaires, l’ouvrage Guy Debord. Un art de la guerre est composé de sept sections qui respectent la chronologie des évènements qui s’effectueront entre 1951, année où tout commence pour Debord et 1994, année où sa vie s’arrête. Ce long parcours, où le « travail » est proscrit, est analysé de diverses manières par les collaborateurs parmi lesquels se trouvent Olivier Assayas, Éric Brun, Fabien Danesi, Patrick Marcolini et Vanessa Théodoropoulou. Chacun de ceux-ci aborde une dimension de l’oeuvre des situationnistes comme celle, bien sûr, du spectacle et de son envers la notion de situation. Celle aussi du cinéma ou encore de l’importance du graphisme, de l’urbanisme et la psychogéographie. Enfin, celle de la révolution au quotidien dont le dépassement de l’art semble être une condition. Ces textes sont complétés et agrémentés par une chronologie et une bibliographie sélective, mais surtout par plusieurs rubriques se rapportant à diverses théories situationnistes, accompagnées de photographies, sinon de manuscrits autographes, de manifestes, de tracts ou de coupures de presse. Il y est aussi fait mention de ses compagnons d’armes que furent Asger Jorn et Gérard Lebovici.

Parmi ces rubriques, on y apprend, entre autres, que Debord aimait la stratégie et les figures de stratèges. Il est lui-même créateur d’un jeu de la guerre. Dans un monde où le pouvoir réduit nos vies à une accoutumance à l’ennui, l’art de la guerre devient pour le mouvement situationniste une guerre pour la vie. Cela exige, pour ce faire, le refus d’un temps tel qu’il est orchestré par les institutions sociales. Il faut dès lors refuser le spectacle qui nous sépare de nous-mêmes, celui qui met à distance la vie comme jeu. « La vie est ailleurs », disait Rimbaud et cet ailleurs selon les situationnistes est ce que nous pouvons faire du quotidien. Réenchanter le quotidien par des situations qu’il faut avoir le courage de faire advenir. Pour Debord, en effet, « L’aventurier est celui qui fait arriver des aventures, plus que celui à qui les aventures arrivent. »

Bref, ce catalogue offre l’opportunité de prendre toute la mesure de cette pensée qui comme toute vraie pensée est révolutionnaire. En nous proposant une vue d’ensemble sur une oeuvre à penser, à partager et à discuter, le mouvement situationniste, et tout ce qu’il a proposé comme actions pour transformer la vie au quotidien, mérite toujours notre considération.

 

Emmanuel Guy et Laurence Le Bras (sous la direction de), Guy Debord. Un art de la guerre. Paris, Éd. BnF et Éd. Gallimard, 2013, 224 p. Ill. n/b. et couleurs