Appel à propositions

Numéro 123 (automne 2019)

Informations générales :

Les textes proposés en format Word ou RTF doivent être envoyés par courriel à info [@] espaceartactuel [.] com. À moins d’avis contraire, l’auteur/e nous proposera un texte inédit et original. L’auteur/e est prié d’inclure, en fin de texte, une courte notice biographique (70-80 mots pour les comptes rendus ; 80-100 mots pour les autres sections), ainsi que son adresse postale et son courriel.

Tous les textes sont soumis au comité de rédaction qui se réserve le droit d’accepter ou de refuser un texte. De plus, le comité ne pourra accepter des textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur/e et le sujet couvert.

Les textes reçus seront évalués sur leur pertinence vis-à-vis le mandat de la revue, sur la clarté du propos, la qualité de l’analyse et l’originalité du point de vue.

Sous la supervision du rédacteur en chef André-Louis Paré, le comité de rédaction est formé de Mélanie Boucher, Peter Dubé, Bénédicte Ramade, Aseman Sabet, Bernard Schütze et Mathieu Teasdale.

Cachet est de 65 $ par feuillet de 250 mots.

1. Section : « COMPTE RENDU » d’exposition

Un compte rendu d’exposition aura environ 1000 mots, notes incluses. Il portera sur une exposition solo ou collective ayant eu lieu récemment au Québec, au Canada ou à l’international. Date de tombée pour les comptes rendus d’exposition est le 10 mai 2019.

2. Sections « ENTRETIEN » ou « ÉVÉNEMENT »

Si vous souhaitez produire un texte pouvant convenir à l’un ou l’autre de ces sections — 1500 à 2000 mots, notes incluses—, nous vous invitons à communiquer par courriel avec la direction de la revue. Date de tombée pour les sections Entretien ou Événement est le 10 mai 2019.

3. Section : « DOSSIER »

Pour la section dossier, nous souhaitons des textes originaux portant sur des études de cas pouvant couvrir au minimum deux à trois pratiques. Si vous souhaitez contribuer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue — d’ici au 15 mars 2019 — par courriel (alpare [@] espaceartactuel [.] com) afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte version complète ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses et il sera soumis au comité de rédaction. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue. Date de tombée pour le texte, version finale, est le 10 mai 2019.

Dossier : « Transparence »
Numéro 123 (automne 2019)

Force est de constater que la notion de transparence est aujourd’hui de plus en plus utilisée dans le discours de l’administration publique, de l’éthique sociale, voire des communications. La transparence est de toute évidence une valeur relationnelle. Pas étonnant que ce soit avec l’avènement de l’espace public au 18e siècle, également appelé siècle des Lumières, que cette notion de transparence va peu à peu s’imposer. Certes, les ambitions sont nobles : la société civile — si elle doit s’émanciper vers un régime de droit — a besoin de transparence pour se développer. Et qui dit transparence, dit visibilité, volonté de savoir, en vue de prendre des décisions éclairées. En effet, au sein d’un régime démocratique, où chacun peut émettre son opinion librement, rien ne doit être caché, ni suspecté. Mais les choses sont-elles aussi limpides ? L’idée de transparence n’a-t-elle pas elle-même quelque chose à cacher ?

Dans un livre intitulé La société transparente, paru en 1990 dans sa version française 1, le philosophe Gianni Vattimo laissait encore entrevoir un avenir prometteur à la notion de transparence, principalement pour le partage du savoir. Il pensait alors que les nouvelles technologies des communications pouvaient contrecarrer les abus d’un autoritarisme s’appuyant sur le monopole de l’information. Mais il a dû convenir rapidement que les technologies ne pouvaient remplir ses promesses et que la démocratie en réseau est loin d’être parfaite. Bien au contraire, l’espace public numérique intensifie les possibilités de domination déjà existante. Si la notion de transparence signifie « voir à travers », elle participe de ce que Jeremy Bentham, au 19e siècle, a développé comme dispositif de surveillance avec le célèbre Panoptikon. En effet, les technologies de surveillance, dont on dispose maintenant, multiplient par mille l’obsession d’établir une visibilité continue du réel. Autrement dit, la transparence informatisée, le partage sensible numérique, fait en sorte que la transparence s’est transformée en un désir de contrôle absolu. Pour résister à cette obsession et tenter de la contourner, certains, comme Édouard Glissant, revendiquent le droit à l’opacité, au secret. Et qu’en est-il du côté des arts visuels ? Comment la notion de transparence s’exprime-t-elle ?

Dans le domaine artistique « la transparence, dira Philippe Junod, est marquée du sceau de l’ambivalence 2 ». Elle est donc également soumise à des contradictions. Certes, dans le domaine de la sculpture, elle a donné lieu à des œuvres telles le Christ voilé (1753) de Giuseppe Sanmartino ou encore la célèbre Vierge voilée de Giovanni Strazza, produite au 19e siècle, offrant ainsi l’illusion de voir à travers. Mais aussi, à la même époque, le verre comme emblème de la modernité industrielle et architecturale deviendra un matériau pouvant incarner l’idée de transparence. Laissant passer la lumière, le verre s’associe à une esthétique où se croisent des composantes utopiques, oniriques, hygiénistes, idéologiques, morales ou politiques (dixit P. Junod). Tout comme le surréaliste André Breton, Walter Benjamin fera de la maison de verre un espace utopique où l’idée de transparence devait rythmer avec la communauté et le partage. Dans cette perspective, le verre est, dit-il, l’ennemi du mystère, il est l’ennemi de la propriété privée 3. Mais à l’ère du numérique, cette pureté translucide cache, comme on l’a vu plus tôt, des effets oppressifs. Avec cette obsession de tout montrer, parce que l’on a rien à cacher, se faufile un désir de maîtrise de la vie privée. Désormais, sans trop s’en rendre compte le citoyen consommateur publicise ses goûts, ses préférences, ses opinions. Il laisse constamment des traces de ses déplacements. Ainsi, l’image de la maison de verre est devenue le symbole d’un contrôle sournois sur nos vies.

Ce dossier de la revue ESPACE souhaite interroger la notion de transparence sur le plan des matériaux, ce qu’ils permettent de révéler dans l’histoire de l’esthétique, que ce soit avec l’architecture du verre, l’éclairage urbain, mais aussi le design de la transparence. Mais nous favoriserons aussi des propositions portant sur la question de la transparence sur le plan sociopolitique. En tant que métaphore, que nous dit la transparence sur notre présent ? En quoi l’idée de transparence participe-t-elle de la nouvelle économie mondialisée ? En quoi pour contrer les réseaux souterrains de l’information, certaines stratégies artistiques peuvent-elles être bénéfiques ? Comme le rappellent Emmanuel Alloa et Yves Citton dans le no 73 de la revue Multitudes 4, davantage que les chercheurs des sciences humaines, les artistes sont souvent plus sensibles face aux aberrations et aux dangers des appareillages numériques. C’est souvent eux qui, en conjuguant recherche et création, peuvent le mieux révéler les principes d’une économie illusoirement transparente. Ainsi, notre dossier souhaiterait faire la part belle à quelques unes de ces pratiques qui, dans le domaine des arts visuels, donnent à penser notre situation de citoyen au sein d’un univers d’informations qui risque souvent de nous aliéner.

 


1. Gianni Vattimo, La société transparente, Paris, Desclée de Brouwer, 1990.

2. Philippe Junod, « Nouvelles variations sur la transparence », Appareil [En ligne], 7 | 2011, mis en ligne le 11 avril 2011, consulté le 14 février 2019. URL : http://journals.openedition.org/appareil/1197

3. Léa Barbisan, « Vivre la transparence », Sens public [En ligne], mis en ligne le 11 novembre 2017, consulté le 14 février 2019. URL : http://sens-public.org/article1257.html

4. Emmanuel Alloa et Yves Citton, « Tyrannies de la transparence », Multitudes, vol. 73, n° 4, 2018, pp. 47-54.