Appel à propositions

Numéro 122 (printemps-été 2019)

Informations générales :

Les textes proposés en format Word ou RTF doivent être envoyés à info [@] espaceartactuel [.] com. À moins d’avis contraire, l’auteur nous proposera un texte inédit et original. L’auteur est prié d’inclure une courte notice biographique (70-80 mots pour les comptes rendus ; 80-100 mots pour les autres sections), ainsi que son adresse postale et son courriel.

Tous les textes sont soumis au comité de rédaction qui se réserve le droit d’accepter ou de refuser un texte. De plus, le comité ne pourra accepter des textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert.

Les textes reçus seront évalués sur leur pertinence vis-à-vis le mandat de la revue, sur la clarté du propos, la qualité de l’analyse et l’originalité du point de vue.

Sous la supervision du rédacteur en chef, le comité de rédaction est formé de Mélanie Boucher, Peter Dubé, Bénédicte Ramade, Aseman Sabet, Bernard Schütze et Mathieu Teasdale.

Cachet sera de 65 $ par feuillet de 250 mots.

1. Section : « COMPTE RENDU » d’exposition

Un compte rendu d’exposition aura environ 1000 mots, notes incluses. Il portera sur une exposition solo ou collective ayant eu lieu récemment au Québec, au Canada ou à l’international. Date de tombée pour les comptes rendus d’exposition est le 14 janvier 2019.

2. Sections « ENTRETIEN » ou « ÉVÉNEMENT »

Si vous souhaitez produire un texte pouvant convenir à l’un ou l’autre de ces sections – 1500 à 2000 mots, notes incluses –, nous vous invitons à communiquer par courriel avec la direction de la revue. Date de tombée pour les sections Entretien ou Événement est le 28 janvier 2019.

3. Section : « DOSSIER »

Pour la section dossier, nous souhaitons des textes originaux portant sur des études de cas pouvant couvrir au minimum deux à trois pratiques. Si vous souhaitez contribuer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel alpare [@] espaceartactuel [.] com afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte version complète ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses et il sera soumis au comité de rédaction. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue. Date de tombée pour le texte, version finale, est le 28 janvier 2019.

Dossier : « De la destruction »
Numéro 122 (printemps-été 2019)

Comme tout objet fabriqué par la main de l’homme, les œuvres d’art sont amenées, tôt ou tard, à disparaître. La philosophe Hannah Arendt a beau mentionner dans son essai La crise de la culture que leur statut, en tant qu’objet par excellence, est bien différent de celui des objets usuels, il n’en demeure pas moins qu’ils sont aussi voués, pour diverses raisons, au dépérissement, sinon à l’anéantissement. Par chance, plusieurs de ces œuvres « écartées des procès de consommation et d’utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine » perdurent dans le temps et nous rappellent un monde culturel désormais passé. D’autres, cependant, appartenant au patrimoine culturel mondial se retrouvent vandalisées pour diverses raisons idéologiques. La démolition planifiée et perpétrée depuis quelques années par le groupe État Islamique de sites archéologiques, de bibliothèques ou encore de lieux sacrés fait partie de ceux-là. À ces actes terroristes s’ajoute la destruction d’œuvres qui, depuis des siècles sont les victimes collatérales des conflits armés, mais aussi celles d’œuvres qui, de façon délibérée ou non, subissent les bourdes de l’inaction de certains dirigeants politiques. Et que dire des torts irréparables causés par les autorités municipales ou autres sur certaines œuvres d’art public, que ce soit au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde, alors qu’elles ont la responsabilité de les protéger ?

Intitulé De la destruction, ce dossier du numéro 122, aurait beau s’instruire de toutes ces violences faites à des œuvres passées ou récentes, son objectif premier est de réfléchir sur le thème de la destruction sous l’angle de la création contemporaine. Même si, dans un premier temps, l’idée de création semble en contradiction avec le geste de détruire et s’accorde plutôt au caractère sacré qu’on prête à certains objets, la destruction en art peut être parfois positive, comme l’a proposé l’historien de l’art Dario Gamboni 1. Avec l’avènement de la modernité, l’idée de faire table rase du passé ouvre sur de nouvelles perspectives. La pensée moderne (et pas seulement en art) tient ses fondements dans la notion de progrès, qui se détourne du passé et qui, de diverses manières le détruit pour faire de la place à ce qui vient. Il ne s’agit donc pas de réfléchir uniquement à la destruction de l’art causée par des forces externes, mais aussi et surtout de questionner la destruction en art d’un point de vue artistique. Hormis les destructions délibérées d’œuvres par des individus suite à une controverse ou à ce que certains considèrent comme de la provocation, la destruction en art a depuis longtemps constitué une méthode d’exploration, voire d’expression artistique. Depuis les avant-gardes du siècle dernier la passion de détruire rime avec l’idée de changer l’ordre des choses, de bouleverser les codes artistiques établis. À partir des années 1960 et 1970, la destruction en art s’est aussi fait l’écho du refus du modèle imposé par la société de consommation enjoignant, ainsi, certains artistes à imaginer des œuvres pouvant s’autodétruire. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Bien que cet art de la destruction puisse subsister encore au 21e siècle, ce dossier aimerait également explorer d’autres avenues. Au moment où la dégradation de l’environnement s’accélère et devient mondialement inquiétante, que des conflits armés se poursuivent à certains endroits de la planète, et que l’industrie de la consommation rime trop souvent avec celle de l’obsolescence, comment l’esthétique de la destruction peut-elle répondre à cette dévastation ? À la suite des réflexions de Friedrich Nietzsche sur la destruction comme pouvoir de créer, c’est étonnamment un économiste du nom de Joseph Alois Schumpeter (1883-1950) qui va développer au sein de l’économie capitaliste l’idée de « destruction créatrice » comme processus continuellement à l’œuvre misant sur l’innovation et le changement à tout prix. Mais alors, dans quelle mesure l’art de la destruction d’un point de vue artistique s’en distingue-t-elle ? La destruction en art n’est-elle pas d’abord une « dé-struction », une façon de faire qui permet de libérer un potentiel permettant de faire advenir autre chose ? Si tel est le cas, l’art détruit l’art, et en le détruisant fait encore de l’art. Sinon, l’acte destructif implique l’idée d’achever l’œuvre entendue ici dans le sens de la compléter, de la terminer. Bref, comme processus artistique et selon les esthétiques de chacun l’idée de destruction en art est multivoque. Mais dans tous les cas l’art de la destruction devrait être non pas seulement une façon de dire non, mais plutôt une autre façon de réactiver le désir de créer.


1 Dario Gamboni, La destruction de l’art – Iconoclasme et vandalisme depuis la Révolution française, Dijon, Les presses du réel, 2015.