Appel à propositions

Numéro 118 (hiver 2018)

Informations générales :

Les textes proposés en format Word ou RTF doivent être envoyés à info [@] espaceartactuel [.] com. À moins d’avis contraire, l’auteur nous proposera un texte inédit et original. L’auteur est prié d’inclure une courte notice biographique (70-80 mots pour les comptes rendus ; 80-100 mots pour les autres sections), ainsi que son adresse postale et son courriel.

Tous les textes sont soumis au comité de rédaction qui se réserve le droit d’accepter ou de refuser un texte. De plus, le comité ne pourra accepter des textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert.

Les textes reçus seront évalués sur leur pertinence vis-à-vis le mandat de la revue, sur la clarté du propos, la qualité de l’analyse et l’originalité du point de vue.

Sous la supervision du rédacteur en chef, le comité de rédaction est formé de Mélanie Boucher, Peter Dubé, Bénédicte Ramade et Bernard Schütze.

Cachet sera de 65 $ par feuillet de 250 mots.

1. Section : « COMPTE RENDU » d’exposition

Un compte rendu d’exposition aura environ 1000 mots, notes incluses. Il portera sur une exposition solo ou collective ayant eu lieu récemment au Québec, au Canada ou à l’international.
Date de tombée pour les comptes rendus d’exposition est le 8 Septembre 2017.

2. Sections « ENTRETIEN » ou « ÉVÉNEMENT »

Si vous souhaitez produire un texte pouvant convenir à l’un ou l’autre de ces sections – 1500 à 2000 mots, notes incluses –, nous vous invitons à communiquer par courriel avec la direction de la revue.
Date de tombée pour les sections Entretien ou Événement est le 8 Septembre 2017.

3. Section : « DOSSIER »

Si vous souhaitez contribuer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel alpare [@] espaceartactuel [.] com afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte version complète ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses. Il sera traduit en français ou en anglais. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue.
Date de tombée pour le texte, version finale, est le 8 Septembre 2017.

Dossier : « Blessures » (hiver 2018)

Dans un texte célèbre, Sigmund Freud rappelle en quoi l’être humain a subi, depuis à peine quatre siècles, trois « blessures narcissiques 1 ». Selon le psychanalyste, celles-ci ont émergées à la suite des révolutions copernicienne, darwinienne et freudienne et ont, toutes les trois, précarisées, sur les plans cosmologique, anthropologique et psychique, la place de l’humain au sein du monde vivant. Ces trois blessures – trauma en grec ancien – apparaissent sur fond d’une perte. Elles ébranlent, en effet, l’image de notre nature humaine, telle que véhiculée depuis des siècles par la mythologie, la religion, voire la philosophie. Et même si, pour certains, aujourd’hui encore, ces humiliations sont difficiles à accepter, les pratiques artistiques – dès lors qu’elles se distancient des « grands récits » – assument pleinement cette conception de l’être humain, dépossédée de ses illusions.

Plusieurs courants artistiques, au cours du 20e siècle – dont, bien sûr, le surréalisme -, ont profité de l’idée que l’humain n’est pas seulement un être de raison. Voyant dans l’inconscient une puissance libératrice, ce mouvement artistique y a puisé une manière d’imaginer autrement. En niant l’image de l’homme-dieu, maître de soi au centre du monde, cela n’a toutefois pas empêché d’autres blessures de se révéler. Bien au contraire, la blessure, selon Antonin Artaud, est au cœur du processus créatif. Souvent, l’œuvre d’art est un substitut à certaines réalités douloureuses. Et si la blessure convoque la violence physique, c’est qu’elle s’incarne dans un corps et laisse paraître des cicatrices. Dans l’histoire de l’art occidental, la notion de blessure a donc souvent été représentée sous forme de plaies, d’écorchures, de mutilations. Avec le corps du Christ souffrant, celui de Saint-Sébastien criblé de flèches, et plusieurs autres œuvres dans lesquelles sont montrées des corps gisants, souvent à l’agonie, la blessure rappelle la vulnérabilité du corps, notre finitude humaine. Aujourd’hui encore, cette fragilité est montrée, de façon plus évidente, dans la photographie, comme dans certaines œuvres d’Andres Serrano, où la représentation des corps meurtris, violentés, rappelle notre vie d’être mortel.

Mais la blessure n’est pas seulement de l’ordre de la représentation du corps en image. Chez certains plasticiens, comme Lucio Fontana, la blessure infligée est aussi une provocation face à ce que symbolise la toile comme surface de création. Dans les années 1950-1960, certains artistes japonais vont créer des œuvres en lançant sur la toile des bouteilles de peinture ou des flèches colorées. Ces actions créatrices, sur fond de destruction, se retrouveront également dans la série Tirs de Niki de Saint-Phalle. Toujours afin de mettre à mal la représentation, de nombreux artistes vont faire de leur corps la matière première de leurs œuvres. Lors de performances, ils vont transgresser les règles du bon gout en mutilant certaines parties du corps, non pas afin d’expier une faute, mais plutôt afin de mener, jusqu’à l’extrême, un processus artistique où le corps se doit d’être éprouvé. Évidemment, la blessure comme œuvre est un acte délibérément artistique, mais elle peut aussi faire l’objet d’une violence faite à l’autre, dans le cadre d’un processus rituel, comme on le voit dans la série vidéo Circoncisions (1999-2007) de l’artiste, d’origine camerounaise, Bathélémy Toguo.

Si la blessure s’incarne dans la chair, si elle se ressent physiquement, elle n’en garde pas moins des traces dans l’esprit, dans l’expérience psychique d’un individu. Il y a, comme le rappelle Paul Ricoeur, des blessures de la mémoire. Et ces blessures transforment notre histoire, autant personnelle que collective, et nous fait devenir ce que nous sommes. Aussi, grâce au travail de la mémoire, ces blessures inhérentes à notre histoire cherchent le pardon, la reconnaissance; elles souhaitent, la plupart du temps, la réparation. Or, la réparation n’est pas une restauration d’avant la violence faite, d’avant la blessure. La réparation n’efface pas la blessure. Depuis peu, plusieurs pratiques artistiques se sont intéressées à témoigner de ces blessures de la mémoire. Elles se sont manifestées par le biais de contre-monuments, mais aussi sous formes d’installations multidisciplinaires. Pensons à Kader Attia, artiste franco-marocain, qui présentait en 2015 une exposition au musée cantonal des Beaux-arts de Lausanne (Suisse) ayant pour titre Les blessures sont là; mais aussi à Nadia Myre, artiste algonguine, dont un de ces projets, intitulé The Scar Project (2005-2013), souligne dans une œuvre participative les cicatrices qui façonnent nos vies de manière indélébile.

Le dossier du no 118 de la revue ESPACE art actuel, vous invite à nous proposer des textes sur le thème de la blessure. Dans un contexte mondialisé, la notion de blessure se présente sous divers aspects qui interpellent les échanges entre la culture, la politique et l’identité. Y a-t-il un bon usage des blessures de la mémoire ? Comment l’art peut-il agir comme réparation ? Et quel sens donner à cette réparation ? En quoi l’art participe-il d’une résilience esthétique ? Ces questions, et bien d’autres, pourraient être soulevées à partir d’études de cas ou encore à partir de réflexions plus théoriques s’appuyant toutefois sur plusieurs pratiques artistiques actuelles.

 


1. Voir Sigmund Freud, « Une difficulté de la psychanalyse », dans Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard (coll. idées), p. 137 à 147.