Appel à propositions

Numéro 121 (hiver 2019)

Informations générales :

Les textes proposés en format Word ou RTF doivent être envoyés à info [@] espaceartactuel [.] com. À moins d’avis contraire, l’auteur nous proposera un texte inédit et original. L’auteur est prié d’inclure une courte notice biographique (70-80 mots pour les comptes rendus ; 80-100 mots pour les autres sections), ainsi que son adresse postale et son courriel.

Tous les textes sont soumis au comité de rédaction qui se réserve le droit d’accepter ou de refuser un texte. De plus, le comité ne pourra accepter des textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert.

Les textes reçus seront évalués sur leur pertinence vis-à-vis le mandat de la revue, sur la clarté du propos, la qualité de l’analyse et l’originalité du point de vue.

Sous la supervision du rédacteur en chef, le comité de rédaction est formé de Mélanie Boucher, Peter Dubé, Bénédicte Ramade et Bernard Schütze.

Cachet sera de 65 $ par feuillet de 250 mots.

1. Section : « COMPTE RENDU » d’exposition

Un compte rendu d’exposition aura environ 1000 mots, notes incluses. Il portera sur une exposition solo ou collective ayant eu lieu récemment au Québec, au Canada ou à l’international.
Date de tombée pour les comptes rendus d’exposition est le 5 septembre 2018.

2. Sections « ENTRETIEN » ou « ÉVÉNEMENT »

Si vous souhaitez produire un texte pouvant convenir à l’un ou l’autre de ces sections – 1500 à 2000 mots, notes incluses –, nous vous invitons à communiquer par courriel avec la direction de la revue.
Date de tombée pour les sections Entretien ou Événement est le 5 septembre 2018.

3. Section : « DOSSIER »

Si vous souhaitez contribuer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel alpare [@] espaceartactuel [.] com afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte version complète ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue.
Date de tombée pour le texte, version finale, est le 5 septembre 2018.

Dossier : « Point de vue animal »
Numéro 121 (hiver 2019)

Les études animales ont fait, ces dernières années, une percée spectaculaire dans les champs esthétiques et artistiques, répondant à un intérêt déjà ancien pour l’animalité mais qui se révèle en pleine transformation. S’il est presque devenu courant de voir des artistes mimer, s’approprier des caractéristiques animales, si dans la sphère littéraire, inventer un langage animal a fait l’objet de tentatives (Tristan Garcia, Marie Darrieussecq), si la taxidermie reprend du poil de la bête à l’aune de l’Anthropocène, des mutations génétiques et des extinctions de masse qui lui sont corollaires, qu’est-ce que serait un art du point de vue animal ?

Eric Baratay et Pierre Serna, deux historiens français, se sont livrés ces dernières années à écrire l’histoire des hommes en adoptant le point de vue des bêtes, en étudiant leur condition sous différents régimes, bousculant complètement le rapport à la neutralité scientifique des sources. Il y a déjà plus de dix ans, la philosophe américaine Donna Haraway rédigeait un Manifeste des espèces compagnies (2010) qui fusionnait les régimes de pensée et les animalités respectives des humains et des chiens. L’éthique n’est d’ailleurs jamais très loin, dans une réflexion plus globale de reconnaissance et de revendication de la sentience animale et de personnalités toujours plus complexes, grâce à l’avancée des études en éthologie. Mais il s’agit moins ici de devenir animal ou de faire de l’animale le ventriloque de l’humanité suivant un schéma somme toute classique (Giovanni Aloi, 2008), que de se pencher de très récentes expériences de relations sur le mode de l’échange, ou d’un complet renversement. En 2017, un collectif londonien, autour de David Harradine, a tenu une représentation musicale uniquement destinée à des animaux d’une ferme de Peckham (moutons, chèvres et cochons), rappelant au passage que Laurie Anderson a aussi performé un concert de basses fréquences pour des chiens (Concert for dogs, 2010) supposément inaudibles pour leurs maîtres. Et que faire de l’art réalisé par des animaux, d’une théorie de l’esthétique féline (Burton Silver & Heather Busch, 1995) ? Comment les considérer à l’aune de révision des schémas de valeurs esthétiques. Si le droit à l’image du macaque « selfiste » Naruto est toujours discuté en cours avec le photographe David Silver, de plus en plus d’artistes travaillent à une collaboration horizontale avec les animaux. Non pas dans une optique de s’arroger ou de transférer des qualités animales physiques ou spirituelles vers l’homme, comme on le trouve chez le duo Art orienté Objet ou Carlee Fernandez, mais bien dans un enrichissement mutuel, dans une optique de divertissement du non-humain, d’inverser les prérogatives et les contrôles. Que supposent ses relations ?

Déprise humaine autant qu’animalisation de l’humanité, nous aimerions lire des contributions qui réfléchissent à ce nouvel état relationnel relevant moins d’une culpabilité ou d’un rachat éthique que du désir de construire de nouveaux points de vue, s’arrimant moins à l’idée de réviser un impérialisme anthropocentrique qu’à une envie d’abolir les frontières, à l’aide des théories de l’indistinction et, notamment, des savoirs situés. Nous souhaiterions prendre connaissance d’expériences artistiques qui renouvellent les questionnements sur le vivant et l’animalité, qui abordent les analyses critiques du spécisme dans une perspective d’interspécificité.

Si la perspective de l’éthique animale offre des visions tout à fait stimulantes, il conviendra de ne pas perdre de vue la composante esthétique qui tend souvent à ne pas être examinée en raison d’une prédominance éthicienne dans le sujet. Le point de vue animal peut ainsi s’envisager sur le plan du récit historien autant que des pratiques, d’une série de renversements, à l’instar de l’écoféministe Val Plumwood devenue chair et proie dans la gueule d’un crocodile australien en 1985, expérience qui viendra bouleverser son point de vue sur l’animal. Comme l’écrivit la philosophe Vinciane Despret dans Penser comme un rat (2009), il convient de « penser avec un rat », selon des perspectives bouleversantes qui renouvellent complètement les standards de l’humanité et de l’animalité. C’est cette « histoire décentrée » que ce dossier intitulé « Point de vue animal » souhaite mettre en valeur.