Appel à propositions

Numéro 120 (automne 2018)

Informations générales :

Les textes proposés en format Word ou RTF doivent être envoyés à info [@] espaceartactuel [.] com. À moins d’avis contraire, l’auteur nous proposera un texte inédit et original. L’auteur est prié d’inclure une courte notice biographique (70-80 mots pour les comptes rendus ; 80-100 mots pour les autres sections), ainsi que son adresse postale et son courriel.

Tous les textes sont soumis au comité de rédaction qui se réserve le droit d’accepter ou de refuser un texte. De plus, le comité ne pourra accepter des textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert.

Les textes reçus seront évalués sur leur pertinence vis-à-vis le mandat de la revue, sur la clarté du propos, la qualité de l’analyse et l’originalité du point de vue.

Sous la supervision du rédacteur en chef, le comité de rédaction est formé de Mélanie Boucher, Peter Dubé, Bénédicte Ramade et Bernard Schütze.

Cachet sera de 65 $ par feuillet de 250 mots.

1. Section : « COMPTE RENDU » d’exposition

Un compte rendu d’exposition aura environ 1000 mots, notes incluses. Il portera sur une exposition solo ou collective ayant eu lieu récemment au Québec, au Canada ou à l’international.
Date de tombée pour les comptes rendus d’exposition est le 5 mai 2018.

2. Sections « ENTRETIEN » ou « ÉVÉNEMENT »

Si vous souhaitez produire un texte pouvant convenir à l’un ou l’autre de ces sections – 1500 à 2000 mots, notes incluses –, nous vous invitons à communiquer par courriel avec la direction de la revue.
Date de tombée pour les sections Entretien ou Événement est le 5 mai 2018.

3. Section : « DOSSIER »

Si vous souhaitez contribuer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel alpare [@] espaceartactuel [.] com afin de présenter sommairement votre proposition. Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte version complète ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes incluses. En plus du cachet de 65 $ par feuillet (250 mots), nous vous offrons un abonnement d’un an à la revue.
Date de tombée pour le texte, version finale, est le 5 mai 2018.

Dossier : « Sous l’influence »
Numéro 120 (automne 2018)

« Pour qu’il y ait de l’art, pour qu’il y ait un acte et un regard esthétique, une condition physiologique est indispensable : l’ivresse. » — Friedrich Nietzsche 1

Le prochain numéro d’ESPACE art actuel a pour thème « Sous l’influence » et souhaite explorer les multiples façons dont la culture de la drogue se manifeste dans diverses pratiques artistiques contemporaines. Consommer des substances psychotropes pour stimuler des expériences psychiques et de nouveaux modes de perception n’est, certes, pas nouveau dans le domaine artistique. Aussi, l’utilisation de substances psychotropes pour augmenter les sensibilités esthétiques et offrir des moments qui différent de l’expérience ordinaire remonte à l’Antiquité, principalement dans le cadre de pratiques religieuses de diverses civilisations. Mais c’est surtout au 19ème siècle que l’association entre l’usage de substances illicites et l’imagination artistique va émerger avec des personnalités telles que Thomas de Quincey, Samuel Taylor Coleridge et Charles Baudelaire. Depuis, diverses drogues psychotropes vont exercer une influence sur la créativité des écrivains et des artistes et sur les mouvements culturels du début du XXe siècle. Pour s’en convaincre, on a qu’à penser aux surréalistes, à Henri Michaud, à Aldous Huxley, à la génération Beat, aux nombreux mouvements de contre-culture des années 1960, ainsi qu’à la culture techno des années 1990.

Avec cette longue histoire en toile de fond, cet appel à propositions cherche des réflexions sur l’intersection de l’esthétique et des psychotropes dans la conjoncture socio-culturelle actuelle. Ayant perdu l’aura des petits cercles artistiques aux accents bohèmes, ainsi que les promesses émancipatrices de la contre-culture des années 1960, de nombreuses drogues récréatives sont désormais profondément ancrées dans la culture contemporaine, notamment avec la tendance à légaliser ou à décriminaliser le cannabis dans différentes juridictions. Parallèlement, nous assistons à une attention scientifique renouvelée aux utilisations thérapeutiques des substances psychoactives pour combattre l’anxiété de fin de vie, sinon avec le MDMA pour l’état de stress post traumatique. Par ailleurs, l’utilisation du LSD à micro-dosage est aussi devenue populaire dans les secteurs de haute technologie, et nous assistons à un intérêt croissant, chez les milléniaux, pour le chamanisme grâce à l’ingestion de l’ayahuasca, une boisson hallucinogène, ou encore le DMT (diméthyltryptamine). Sur une note plus sombre et bien réelle, il y a dans le monde entier l’abus continu d’une pléthore de drogues légales et illégales (amphétamines, tranquillisants, opiacés, etc.). Il y a aussi les conséquences désastreuses des crises d’opioïdes et le commerce mondial de la drogue avec ses terribles ravages.

Face à cette situation mondiale où la drogue figure comme un pharmakon — soit ce qui lui donne un statut ambivalent entre remède et poison; entre un agent de l’expansion de l’esprit créatif promettant des changements et des transformations conduisant à l’autodestruction — comment les artistes d’aujourd’hui réinventent-ils le potentiel offert par les substances psychotropes, tout en jetant un regard critique sur les aspects les plus sombres des drogues qui prolifèrent dans la sphère sociale ?

En vue d’explorer de telles questions, cet appel à propositions sollicite des contributions qui abordent, à partir d’une variété de points de vue, le rôle des drogues psychotropes dans les pratiques artistiques contemporaines. Comme ligne directrice, nous suggérons trois angles d’approche : 1) les drogues psychotropes en tant qu’expérimentation subjective; 2) les drogues comme moyen ou substance à fabriquer des « œuvres » et 3) les drogues inscrites dans un processus socio-économique. En tant qu’expérimentation, elles peuvent servir à élever délibérément la conscience ou à modifier la perception en vue de déclencher, dans certains cas, une expérience transcendante. Par exemple, dans son récent travail, l’artiste canadien Jeremy Shaw a exploré le DMT et son potentiel chamanique. Alors que l’œuvre Desert Now (2016), du trio d’artistes allemands Julius von Bismarck, Julian Charrière et Felix Kiessling, déploie le LSD et l’Adderall et la notion de « voyage » dans une réflexion dystopique sur la dégradation de l’environnement qui contraste avec les images psychédéliques héritées des années 1960. En tant que médium, les drogues sont utilisées par certains artistes pour explorer leur matérialité sculpturale, et leur présence omniprésente dans nos espaces quotidiens, comme dans l’œuvre de Diddo intitulée Ecce Animal (2004), qui montre un crâne sculpté entièrement avec de la cocaïne. Dans sa série All You Can Feel (2014), Sarah Schoenfeld étend cette notion de drogue, en tant que matériau, en exposant les substances récréatives sur un négatif photo, puis en réalisant des impressions photographiques à partir des interactions qui en résultent. D’autres pratiques pointent vers les ramifications du commerce de la drogue et de ses imbrications dans les circuits globaux d’échange via les crypto-monnaies et le darknet. C’est ce que révèle l’œuvre Random Darkness Shopper (2014-en cours) du collectif d’artistes suisses Mediengruppen Bitnik. Un robot magasineur est ici programmé pour acheter au hasard des objets, y compris des substances illicites, à partir du darknet et de les expédier à la galerie de l’artiste afin qu’ils soient présentés et éventuellement consommés.

Considérés comme des agents d’expérimentations subjectives, une matière à fabriquer des œuvres artistiques, ou des vecteurs au sein de la dynamique socio-économique, on peut dire que les drogues psychotropes exercent une influence sur l’art contemporain. Une influence qui à la fois dialogue ou fait écho avec le passé, tout en pointant vers un décalage des sensibilités propres à notre situation actuelle et à ses contours de plus en plus bizarres.

 


1. Friedrich Nietzsche, Crépuscule des Idoles (1889), Paris, Gallimard, traduit de l’allemand par Jean-Claude Hémery, 1974, p. 112.