FIFA 2019 | Bruno Boulianne : Jean-Pierre Larocque : le fusain et l’argile

Jean-Pierre Larocque : le fusain et l’argile
Réalisateur : Bruno Boulianne
Festival Iinternational des Films sur l’Art (FIFA) 2019
Montréal

Présenté dans la sélection officielle du FIFA 2019, le film consacré à l’artiste Jean-Pierre Larocque a été réalisé par Bruno Boulianne et produit par la Fondation internationale Isabelle de Mévius. Tout au long du film, le spectateur se trouve principalement en compagnie de l’artiste dans son atelier situé dans le quartier Mile-End à Montréal. Devant la caméra, Larocque, qui a passé une quinzaine d’années aux États-Unis avant de revenir dans sa ville natale, en 2000, nous fait part, entre autres, de sa façon de produire des dessins au fusain ou des sculptures d’argile qui, une fois cuites, deviendront des céramiques; il évoque aussi le décès de sa compagne, l’artiste peintre Marie-Laure Tribout Falaise, survenu en 2014, et dont la rencontre fût déterminante pour sa propre vocation, son devenir artiste.

En faisant le choix de deux médiums tout simples — le fusain et l’argile, ne nécessitant que le travail de la main —, sa pratique artistique est de toute évidence à mille lieues des nouvelles technologies. Ils correspondent toutefois à sa manière de penser et de faire. Ainsi, les gestes qu’il exécute pour créer une œuvre commémorent des gestes millénaires, ceux des premiers humains à la capacité cognitive de mettre en forme des images en deux ou trois dimensions. C’est sans doute, pour certains spectateurs, un des aspects de son travail qui séduit. D’ailleurs, l’artiste l’avoue d’emblée : sa vision esthétique est plus moderne que postmoderne. Elle participe d’une relation intime entre l’artiste et les matériaux, ce qui n’est pas sans rappeler les maitres de la matière, ceux qui tentent d’émouvoir par ce qui surgit de leurs mains.

L’intérêt du spectateur pourrait aussi se manifester par le positionnement de Larocque sur le statut de céramiste en tant qu’artiste. Lors de ses études, en 1983-1984, à l’Université Concordia, Larocque a délibérément décidé de consacrer une bonne partie de son travail à la céramique tout en sachant consciemment le risque de marginalisation que cela entraine au sein du monde de l’art, souvent frileux aux métiers associés à l’artisanat. Identifiée à son usage domestique, la céramique est bien sûr une des plus vieilles techniques de fabrication d’objets. Pourtant, de plus en plus utilisée chez les artistes contemporains, la céramique n’est pas sans attrait lorsque l’on sort des sentiers battus des objets utilitaires. C’est cette liberté d’agir sur la matière qui se manifeste dans l’œuvre de Larocque. Et pour entériner ce choix, différentes personnes qui le côtoient — artistes, commissaires, galeristes, collectionneurs — interviennent à quelques reprises, dans le film, afin de témoigner leur admiration devant les thèmes qu’il aborde, ses choix esthétiques ou son processus de création.

Parmi ces témoignages, il y a ceux qui soulignent l’importance de ses sculptures alors qu’elles prennent la forme de figures humaines qu’il modifie par couches successives d’argile en vue de faire des visages complexes, bigarrés. Il y a ceux qui rappellent l’attrait de ses personnages qui, comme pour les statues de la dynastie Han, semblent transcender les époques en faisant se joindre l’ancien et le moderne. De plus, tout comme pour sa série de chevaux, chaque œuvre exige du spectateur une attention particulière. Chacune d’elle réserve, par sa texture foisonnante, des surprises pour l’œil et l’esprit. En ajoutant à plusieurs de ces chevaux des constructions s’apparentant à des maisons, ou d’autres éléments en lien avec le monde du travail, Larocque les associe à notre humanité. Animal domestiqué depuis fort longtemps, et nous ayant accompagnés dans nos déplacements, nos conquêtes et le développement de notre économie rurale, le cheval aura été pour l’humain un indispensable allié.

Enfin, davantage que pour la céramique, la pratique du dessin lui permet de se rapprocher, dira-t-il, de l’inconscient, de ce qu’il ne peut contrôler. Travaillant sans idées préconçues, il laisse venir à lui des formes qu’il modifie selon ce qui se présente. Il dessine en effaçant, ce qui lui fait découvrir des images constamment apparentées à des visages. Or, ces récurrences formelles, toujours d’aspects figuratifs, démontrent aussi l’ancrage de sa pratique au sein d’une esthétique qui plaira, certes, à celles et ceux pour qui le métier sinon l’objet d’art garde, dans le domaine de la pratique artistique, son pouvoir de fascination.

P.S. : Jusqu’au 23 juin 2019, une exposition rétrospective consacrée au céramiste et dessinateur Jean-Pierre Larocque est présentée au 1700 La Poste (Montréal). Le film de Bruno Boulianne, Jean-Pierre Larocque : le fusain et l’argile, peut y être également visionné.


53 min., Canada, 2019
Image : Alex Margineanu
Montage : Vincent Guignard
Musique : Alexis Dumais
Productrice : Isabelle De Mévius
Son : Mélanie Gauthier, Stéphane Barsalou
Réalisateur : Bruno Boulianne


Jean-Pierre Laroque, fusain et l’argile (bande-annonce) du FIFA sur Vimeo.