Milutin Gubash, Catalogue d’expositions

Milutin Gubash, Catalogue d’expositions, co-publié par Rodman Hall Art Centre/Brock University, Carleton University Art Gallery, Kitchener-Waterloo Art Gallery, Southern Alberta Art Gallery et Musée d’art de Joliette, 2013, 192 pages. Ill. couleur. Eng/Fra.

Ce beau catalogue, entièrement bilingue, ayant pour objet l’œuvre de l’artiste multidisciplinaire Milutin Gubash, résulte d’une collaboration entre cinq institutions muséales, quatre canadiennes et une québécoise, ayant exposé plusieurs œuvres de l’artiste entre septembre 2011 et décembre 2012. Les textes sont signés par la majorité des commissaires de chacune de ces institutions, Sandra Dyck, Marie-Claude Landry, Shirley Madill et Crystal Mowry, et par deux auteurs invités, Sylvain Campeau et Mathilde Roman. S’ajoutent à ces contributions la préface d’Annie Gauthier, directrice générale du Musée d’art de Joliette, et le témoignage de la mère de l’artiste, Katarina Gubash (Urosevic). L’ensemble de ces textes rend compte, tour à tour, d’un des aspects de l’œuvre singulière de Gubash, laquelle mise principalement sur la fiction afin de témoigner d’une expérience vécue en lien avec ceux et celles qui, irrémédiablement, contribuent à notre identité personnelle.

Dans plus d’une contribution des différents auteurs, il est fait mention des origines serbes de l’artiste et de ses parents ayant migré de Novi Sad au Canada, dimension importante dans l’œuvre vidéographique de l’artiste. En prenant à témoin ses parents, Gubash tente de reconstituer, par cet exode, l’histoire de sa famille et de son pays d’origine, l’ex-Yougoslavie. Cette expérience, qui s’ouvre sur un entre-deux de l’ici et de l’ailleurs, du proche et du lointain, a sans doute contribué à intensifier les liens familiaux. En somme, l’œuvre filmique de Gubash rappelle que nous sommes des êtres de dialogue, même si celui-ci est parfois constitué de silences, de mensonges et de disparitions inévitables. Pour donner une forme artistique à cette matière biographique, Gubash mise sur l’autofiction qui permet une distance créative, ce qui offre l’occasion d’inventer pour mieux parler de soi dans nos rapports intimes avec les autres. Dans cette optique, l’usage de la caméra s’avère essentiel. C’est par cet œil mécanique que va se développer une narration portée, notamment, par le style télévisuel de la sitcom – situation comedy – qui lui sert en effet de stratégie afin de mettre en scène des moments de vie sous forme humoristique, voire burlesque. Ces mises en scène, recomposant des moments de vie, permettent de les rendre esthétiquement significatives. Même si «toute fiction est un accident, une rencontre fortuite d’évènements», elle est ce qui donne sens à un récit et du sens à la vie.

Grâce à ces nombreux textes qui, inévitablement, reviennent parfois sur les mêmes thèmes appartenant à l’esthétique de l’artiste, ceux-ci n’en offrent pas moins des analyses fort pertinentes et développées avec perspicacité sur l’essentiel de l’œuvre de Milutin Gubash. Ils contribuent à faire de ce catalogue, accompagné de plusieurs reproductions d’extraits vidéo, de photographies et de vues d’installation, un document important pour qui veut connaître et comprendre le travail de cet artiste qui, dit sans flagornerie, offre un bel exemple de ce que signifie faire de sa vie une œuvre d’art.

 

Milutin Gubash, Catalogue d’expositions, co-publié par Rodman Hall Art Centre/Brock University, Carleton University Art Gallery, Kitchener-Waterloo Art Gallery, Southern Alberta Art Gallery et Musée d’art de Joliette, 2013, 192 pages. Ill. couleur. Eng/Fra.