Nathalie Casemajor Loustau
N° 103-104 – printemps-été 2013

Les topographies du pouvoir de Mark Lombardi : l’oeuvre dans la carte


Comment donner à voir un espace qui n’a pas de fin, pas de frontières, pas même d’étendue physique ? Certaines cartes ne représentent pas des territoires géographiques et, pourtant, elles servent aussi à s’orienter, à naviguer dans un système, à visualiser des trajectoires possibles et des flux de circulation. « Je cartographie le terrain social et politique dans lequel je vis », disait Mark Lombardi (1951-2000) à propos de la série de diagrammes qu’il a commencée en 1994, à Houston, et qui s’est achevée avec sa mort tragique à New York.

La posture du cartographe, arpenteur de l’espace, explorateur des dimensions du visible et de l’invisible, est revendiquée par bien des artistes mais aussi par des philosophes. « Je suis un cartographe », disait Michel Foucault dans une entrevue en 1975. Écrire, c’est « arpenter, cartographier, même des contrées à venir », écrivaient Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux 1. Inspirés par les développements de l’art conceptuel, les diagrammes de Lombardi ont souvent été décrits et interprétés en référence à ces penseurs cartographes que sont Foucault, Deleuze et Guattari. Alors qu’au sens géographique, le mot carte désigne la représentation graphique d’un territoire sur un support (globe, carton, toile, atlas), sa définition philosophique plus abstraite inspire spontanément une mise en relation avec le travail de Lombardi.

Un système de réseaux

Les diagrammes de Lombardi sont nés de l’insatiable curiosité de l’artiste pour les scandales gouvernementaux. Des années durant, d’abord en tant que recherchiste au Everson Museum, puis


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