Gina Cortopassi
N° 143 - Printemps- Été 2026

Pour y voir clair


« La scène du rouge, composée pour expérimenter la privation sensorielle, introduit la scène finale. » Ces mots, choisis par l’artiste Nancy Bussières pour décrire l’ultime tableau de la pièce White Out, résonnent en moi, convoquent d’autres images, me renvoient à une expérience similaire de surexposition. Le rouge vif, vaillamment employé par le collectif L’eau du bain pour saturer la vision et fausser les sens, rappelle à mon esprit des séquences vues des centaines de fois, de celles qui défilent continuellement sur nos écrans, toute heure et toute longitude confondues : des images de guerre et de volutes de fumées noires et rouges qui s’élèvent de Gaza, de Beyrouth, de Téhéran et de Kiev. Amplifiée au-delà de ses limites géographiques, la lumière des déflagrations captée par les citadin·ne·s et les résistant·e·s en zone de conflit s’imprègne sur ma rétine et obscurcit mon regard. Car si ces images éclairent les vérités sur le terrain en m’engageant à témoigner, elles tendent aussi à transformer la souffrance en spectacle et à étouffer ma capacité à m’orienter dans le brouillard médiatique.

Mon expérience de saturation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans ce que certain·e·s commentateur·trice·s ont désigné d’âge d’or du « voyeurisme brutal1 ». La consommation et le partage d’images de violence graphique, quoique nécessaires pour la mobilisation, peuvent également avoir pour effet de réduire notre sensibilité à l’image et à ce qu’elle communique d’urgence et de détresse. Ce qui amène plusieurs chercheur·euse·s et artistes à interroger la viabilité de ce régime de visibilité.


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