Ouvrages reçus

Gisele Amantea, Beaux rêves, dures vérités – Sweet Dreams, Hard Truths (Commissaire : Eve-Lyne Beaudry), Éd. Musée d’art de Joliette, Joliette, 2012, 110 p. Ill. n/b et couleur. Fra/Eng.

Lors de la Manif d’art 7, la Biennale de Québec, l’artiste Gisele Amantea présentait à la Galerie des arts visuels de l’Université Laval une installation faisant référence au carré rouge, symbole de la résistance étudiante au printemps 2012. Mais plusieurs autres formes de résistance imprègnent les oeuvres de cette artiste. La monographie, magnifiquement illustrée, intitulée Beaux rêves, dures vérités, en témoigne de belle façon. Publié à la suite d’une exposition rétrospective, présentée du 31 janvier au 25 mai 2010 au musée d’art de Joliette, ce livre rend compte du travail de l’artiste développé depuis les années 1980. Le texte de la commissaire Eve-Lyne Beaudry présente avec perspicacité sa démarche artistique traversée par différentes stratégies (accumulation, appropriation, détournement, etc.). En faisant référence à plusieurs oeuvres marquantes de sa production, il souligne les constantes préoccupations sociopolitiques de l’artiste. « Derrière leur apparence décorative, ses oeuvres dissimulent un ludisme grinçant qui évoque des aspects plutôt sombres de notre réalité sociale et culturelle ». Pour venir appuyer cette compréhension de l’oeuvre d’Amantea, l’historienne de l’art Rebecca Duclos analyse la charge symbolique et métaphorique des barrières que l’on retrouve dans plusieurs oeuvres. Enfin, Denise Markonish, commissaire de l’exposition Oh Canada, présentée au Massachusetts Museum of Contemporary Art jusqu’en mars 2013, s’entretient avec l’artiste sur l’ensemble de ses intérêts d’ordres technique et artistique, entre autres, à propos de l’oeuvre Democracy, exposée pendant cette importante rétrospective de l’art contemporain canadien.

De Cooke-Sasseville à aujourd’hui, Éd. Art Mûr, Montréal, 2012, 116 p. Ill. couleur. Fra/Eng.

Le duo Cooke-Sasseville, formé de Jean- François Cooke et de Pierre Sasseville, est parmi les artistes choisis pour installer une oeuvre sur le site Glen du tout nouveau Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Ayant pour titre Prendre le pouls, la sculpture, qui sera installée en 2015, viendra ainsi compléter les nombreuses oeuvres d’art public de Cooke-Sasseville et dont rend compte en partie cette monographie consacrée à la production artistique du tandem québécois. Publié en partenariat avec Manifestation internationale d’art de Québec, ce livre propose un survol de l’ensemble de leur production depuis 2001. Dans un texte sur leurs oeuvres présentées dans l’espace public, l’historienne de l’art Anne-Marie Bouchard analyse la portée symbolique des diverses oeuvres des artistes jusqu’à Mélangez le Tout (2011), un mélangeur géant suggérant « la mixité culturelle du quartier Centre-Sud à Montréal ». Dans un autre texte, Bouchard examine l’ensemble de leur démarche dans laquelle les oeuvres « magnifient l’éclat postiche de l’arme à double tranchant qu’est le populisme ». Pour compléter cette lecture de l’oeuvre de Cooke-Sasseville, Michael Rattray, chercheur  et artiste, propose une interprétation de la figure de l’artiste en demi-dieu, laquelle participe d’une esthétique de la répétition.

Marie Perrault, Pascal Dufaux, Œuvres vidéo-cinétique 2005-2013, Chez l’auteure, Montréal, 2013, 96 p. Ill. n/b et couleur. Fra/Eng.

L’artiste multidisciplinaire Pascal Dufaux réalise depuis 2005 des sculptures cinétiques, photographiques et vidéographiques fort ingénieuses. L’auteure Marie Perreault, dans son très bel essai, nous propose une réflexion sur les « modalités d’intégration de la machine à la culture visuelle ». Son texte s’attarde à la description et à l’interprétation d’oeuvres produites par l’artiste, dont Autour de vous, une installation photographique qui résulte d’un dispositif de prise de vue rotatif à 360 degrés. En fait, son travail témoigne d’une fascination pour les modèles mécanistes du monde et les instruments de mesure. Mais pour l’auteure, ces photographies s’inscrivent également dans les grandes traditions artistiques du portrait et du paysage, même si cette tradition est ici redéfinie entièrement par les nouvelles technologies. D’ailleurs, « le développement accéléré des technologies laisse présager des changements encore insoupçonnés » de sorte que, selon l’auteure, le travail de Dufaux « nous oblige à apprivoiser le dialogue que la technologie entretient maintenant avec nous ».

La doublure. Sébastien Cliche, Éd. Centre d’art et de diffusion Clark, Montréal, 2014, 117 p. Ill. n/b.

Cet ouvrage est publié à la suite de l’exposition La doublure de Sébastien Cliche qui fut présentée à la galerie de l’UQAM du 19 octobre au 8 décembre 2012. À caractère performatif, cette exposition avait pour intention d’analyser le comportement des visiteurs alors qu’il est mis à l’épreuve par une doublure. Le livre témoigne de cette expérience contextuelle. On y présente quelques photographies montrant la scénographie immersive installée dans la galerie. On nous propose également le livre intitulé Vous (dans cette histoire) qui était placé au centre de ce dispositif. Si le visiteur était suffisamment curieux pour l’ouvrir, il pouvait y lire des phrases telles que : « il est peu probable que vous soyez celui ou celle que vous croyez être ». Nous est aussi offert le protocole que les performeurs incarnant la doublure devaient respecter, ainsi que des extraits de leurs observations constatées lors de leur performance. Enfin, un texte de Charles Guilbert, artiste et écrivain, rend compte de son expérience comme visiteur, mais aussi, d’une réflexion sur ce laboratoire antirelationnel dans lequel la création « devient l’objet d’un intense et mystérieux partage de pouvoirs entre un artiste et un visiteur ».

Emanuel Licha. Prendre pose_Striking a Pose (Commissaire : Marie-Hélène Leblanc), Éd. Musée régional de Rimouski, Rimouski, 2014, 56 p. Ill. couleur. Fra/Eng.

Ce catalogue accompagne l’exposition d’Emanuel Licha, Prendre pose_Striking a Pose, présentée au Musée régional de Rimouski du 27 septembre 2012 au 27 janvier 2013. Auparavant, elle a été présentée sous des formes différentes à Latitude 53 (Edmonton) et à PAVED Arts (Saskatoon). L’exposition regroupait quatre installations vidéographiques (War Tourist, 2004-2008; R for Real, 2008; Mirages, 2011 et How do we Know what we Know?, 2011) ainsi que les photographies War Tourist in Chiapas (2005) et la série Bagdad (2009). Comme le souligne la commissaire Marie-Hélène Leblanc, ce corpus d’oeuvres dévoile un ensemble de protagonistes fabricateurs d’images. Ces images s’insèrent dans les médias de masse qui témoignent  d’une certaine réalité conflictuelle. C’est sur ce terrain occupé par plusieurs capteurs d’images que l’artiste Emanuel Licha prend position, principalement, en déconstruisant la prétention à la vérité de l’image médiatique et en la contextualisant avec l’ensemble de ses composantes : le hors-champ, l’intentionnalité du producteur de l’image, le cadrage et ce qui est exposé. En plus d’un entretien bilingue entre la commissaire et l’artiste, au sujet notamment de l’exposition, ce très beau catalogue propose également un texte en anglais de Tina Di Carlo et un autre en français d’Andréanne Roy.

Lalie Douglas, Le Potentiel des objets/The Potential of Objects, Chez l’auteure, Montréal, 2013, 44 p. Ill. couleur. Fra./Eng.

Résultat d’une étroite collaboration avec l’artiste Karilee Fuglem, ce petit ouvrage, magnifiquement intitulé, présente une série de projets performatifs où il est question de rendre possible un art public à partir duquel la rencontre avec des individus prend le dessus sur la valeur de l’objet. Pour l’artiste Lalie Douglas, chaque matière dont est fait l’objet contient aussi son potentiel de destruction. Partant de cette prémisse, elle explore dans son travail l’acte de faire et de défaire. Les textes brefs de l’artiste, écrits comme de courts poèmes, accompagnent des images d’objets qui réfèrent à diverses performances produites entre 2006 et 2012. Un seul regret : un texte de présentation nous donnant une vue d’ensemble de la démarche de l’artiste aurait été bienvenu.