Claire Maingon, L’art face à la guerre

Claire Maingon, L’art face à la guerre, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2015, 173 p.

Claire Maingon est historienne de l’art contemporain à l’Université de Rouen et dirige la toute récente revue Sculptures éditée par la même institution universitaire. Le dossier du dernier numéro porte également sur la guerre1. La guerre n’est certes pas un phénomène nouveau et sa cause semble malheureusement ancrée au sein de la nature humaine. Dans Pourquoi la guerre ?, le père de la psychanalyste explique à l’éminent physicien Albert Einstein que deux pulsions interagissent dans la psychè : éros et thanatos. Depuis les mythologies des civilisations anciennes jusqu’aux plus récents jeux vidéo, ces forces psychiques ont été représentées par l’esprit créatif des humains. Pas étonnant que, chez les artistes, la guerre suscite une attention soutenue. Mais comme le mentionne Maingon, peut-on parler d’un art de la guerre ? D’un art où celle-ci devient l’objet de création ?

Le livre se divise en quatre sections. La première examine la situation de l’artiste coincé dans un conflit armé. Cette situation nécessite la présence de l’artiste au front afin de documenter et de représenter la guerre. Il y est notamment question des peintres admis sur les champs de bataille en vue de rendre compte de telle défaite, de telle victoire. Il y est aussi abondamment question des photographes de guerre, ces témoins modernes des conflits armés qui, caméra en main, donnent à voir des scènes souvent horribles. La deuxième section s’attarde à l’art au service de la guerre, à certaines œuvres qui sont produites pour honorer tel héros, tel chef militaire. Même si on souhaite l’acte créatif du côté de la célébration de la vie, il n’en demeure pas moins que certains artistes se sont retrouvés à produire des œuvres de propagande qui glorifient une idéologie, qu’elle soit nazie, fasciste ou impérialiste.

Heureusement, les artistes sont aussi amenés à témoigner de la guerre de façon plus personnelle. Ce sont des artistes qui trouvent le courage de critiquer l’injustice qu’elle produit. Intitulé « Quand l’art dénonce la guerre », ce chapitre souligne l’apport de plusieurs artistes, tels Goya, Picasso, mais aussi les expressionnistes allemands, dans la défense de la paix. Enfin, une dernière section est consacrée à la mémoire de guerre. C’est dans celle-ci qu’il est davantage question de sculpture et des monuments en lien avec la commémoration. Le monument aux morts n’est pas un phénomène récent, mais il s’est beaucoup propagé depuis la première Grande Guerre. Très peu de ces monuments sont l’œuvre d’artistes aguerris. Les artistes qui, à partir des années 1980, ont été invités à produire des sites commémoratifs, notamment pour que puisse se perpétuer le souvenir de l’Holocauste, ont inventé de nouvelles formes d’art monumental en vue de mieux partager avec le public la mémoire de ce qui a été.

Peu volumineux, cet ouvrage couvre tout de même de nombreuses périodes, de l’Antiquité à aujourd’hui, et réfère à de multiples œuvres d’artistes, tous médiums confondus, cinéma compris. Misant essentiellement sur un contenu européen, l’intérêt de cet ouvrage porte sur le fait que chaque section analyse le rapport de l’artiste relativement à des événements historiques troublants en lien avec le style, la technique et la relation de l’artiste avec le pouvoir. Par exemple, l’auteure rappelle que le monument est entré en crise après la Seconde Guerre mondiale et que, peu à peu, des monuments pacifistes ont fait leur apparition. Dès lors, même si la guerre comme phénomène social ne semble pas vouloir s’estomper, il est de nos jours impossible de voir une œuvre d’art faire « l’apologie de la folie meurtrière », ce qui signifie sans doute que dans son rapport à la guerre, l’art a désormais trouvé son camp.

Claire Maingon, L’art face à la guerre, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2015, 173 p.