L’art et le minéral : pour un décentrement
De tout temps, la réalisation d’oeuvres d’art a dépendu d’un engagement des artistes avec la matière minérale. Les couleurs de l’image peinte proviennent des pigments d’origine minérale et végétale, les contours et les angles des sculptures, de la rencontre du marteau et du burin avec la pierre, et les figures sur la pellicule, d’une réaction chimique entre la lumière et le bromure d’argent. Le minéral se situe « derrière » la représentation. Il conditionne ses modes d’apparition même si l’oeil et l’esprit tendent à l’effacer. En histoire de l’art, l’apport considérable de la matière fut d’ailleurs longtemps relégué au second plan, voire dédaigné1. Toute une métaphysique occidentale – basée sur les vertus de la distance et sur la primauté de l’intention – explique en partie cette histoire qu’ont renversée et commentée les artistes contemporain·e·s, refusant le découpage entre forme et contenu, et réclamant une attention renouvelée à la matière et à ses qualités expressives.
Ce déplacement de perspective en présageait un autre. La considération sensible du minéral dans la création artistique a fait surgir de l’arrière-plan les antériorités complexes et les voyages fascinants de la matière. De matière à sculpter ou à modeler, le minéral est devenu un collaborateur. Ses propriétés infléchissent des manières de créer tout comme ses couleurs, ses textures et ses formes rappellent à la mémoire et à l’imaginaire des récits d’extraction, de migration ou de connexion aux territoires et aux paysages. Les minéraux sont dès lors envisagés comme une « matière vibrante », pour citer la
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