La prophétie, une pensée au seuil de la raison
Alors que le thème des « prophéties » dans les arts actuels s’est imposé de manière organique dans les discussions de l’équipe — du fait de sa résurgence dans les pratiques artistiques, notamment —, le phénomène s’est trouvé plus difficile à traiter dans le cadre de l’éditorial. Il faut dire qu’écrire sur les prophéties, c’est faire surgir de l’arrière-plan des préjugés et des images hérités d’une histoire complexe de la croyance en Occident. En m’efforçant d’honorer la tradition intellectuelle de la revue, je me suis vue reconduire des réflexes de censure et de compensation, évitant les « pièges » tant redoutés de l’universalisme (pourtant cher à tout système de croyances mystiques ou religieuses) et du ridicule (est-ce que nos adhésions ponctuelles à la divination trahissent un esprit crédule ?). Ces plis académiques ont silencieusement orienté mon écriture jusqu’à la réalisation qu’une vaste distance (sécuritaire) s’était creusée avec mon sujet, au point d’en avoir flouté les contours et les formes. Or, et avec le recul, cette prudence et ce malaise envers l’occultisme et les « pseudo-sciences » m’ont révélé plus sur les prophéties que ce qu’ils ont réussi à voiler.
La pensée divinatoire flirte inévitablement avec le non-sens et l’énigme, et tire vers des formes d’expressions poétiques et subjectives. Toute tentative de l’enserrer dans un discours rationalisant échoue à communiquer cette part d’éternité qui fonde la radicalité de toute prophétie, n’en déplaise aux sceptiques (et à moi-même). Selon Federico Campagna (Prophetic Culture: Recreation for Adolescents, Bloomsbury,
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