Éric Valentin, Joseph Beuys. Art, politique et mystique

Éric Valentin, Joseph Beuys. Art, politique et mystique. Paris, Éd. L’Harmattan, coll. Les arts d’ailleurs, 2014, 240 pages.

Docteur en histoire de l’art et en philosophie, Éric Valentin a déjà publié deux livres sur le tandem Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen soit, Le grotesque contre le sacré (Gallimard, 2009) et La sculpture comme subversion de l’architecture (Les presses du réel, 2012). Consacré à l’artiste allemand Joseph Beys (1921-1986), ce livre s’avère toutefois différent des deux autres, puisqu’il n’offre pas seulement une interprétation des œuvres produites par l’artiste, mais il propose un argumentaire permettant à l’auteur de redonner ses lettres de noblesse à une esthétique d’artiste trop souvent malmenée, principalement, par les historiens et critiques d’art français.

Afin de « mettre fin à la confusion qui règne dans les esprits », Valentin examine et réévalue soigneusement la pensée et l’œuvre de l’artiste, tout en commentant les fausses accusations dont ils font l’objet. Par exemple, selon certains experts – qu’il ne nomme, par ailleurs, jamais -, son art et sa pensée « seraient hantés par l’idéologie nazie ». Or, prétendre que sa vision politique se situe à droite de l’échiquier politique est une absurdité. C’est oublier que le message que promeut Beuys et son engagement politique ont des résonnances humanistes. Non pas l’humanisme des Lumières, mais celui qui prend racine dans le christianisme, lequel promeut des valeurs universelles, dont l’amour. Mais, l’auteur a raison aussi de dire que la relation qu’entretient Beuys avec le christianisme reste ambiguë. D’autant que l’artiste serait athée. Ainsi, la dimension religieuse que l’on trouve chez l’artiste est davantage associée au chamanisme. S’il y a du divin en l’homme, il est à chercher dans notre rapport à la nature, dans notre filiation avec l’animal. C’est ainsi que l’artiste, selon Beuys, peut aspirer à un paganisme mystique qui fait de lui un chamane, c’est-à-dire quelqu’un qui peut, grâce à son art, restituer le sens du sacré.

Certes, cette référence au chamanisme va également alimenter les critiques hostiles de plusieurs historiens de l’art. Si, sur ce point, Valentin les récuse en distinguant le chamanisme germanique de celui qualifié d’asiate, il ne fait pas que défendre l’esthétique de Beuys. Il lui reproche, notamment, d’associer l’art et la religion et son idéologie sacrificielle. Il considère également que sa notion du travail et sa zoolâtrie sont des contre-sens et ne contribuent en rien à l’appréciation de son œuvre. Or, justement, Honigpumpe (1977), Plight (1985) et certaines de ses performances sont « des œuvres majeures de l’art du XXe siècle ». Mais pour les apprécier à leur juste valeur, il faut délaisser la conception de l’art que promeut les beaux-arts. De plus, afin de clarifier la pratique artistique de Beuys, Valentin consacre un dernier chapitre à la situer par rapport aux œuvres de d’autres grandes figures de l’art, comme Marcel Duchamp, John Cage et Antonin Artaud. Cela nous permet, entre autres, de mieux comprendre en quoi l’œuvre de Beuys, comme sculpture sociale, devait être une façon de « résister au nihilisme contemporain ».

 

Éric Valentin, Joseph Beuys. Art, politique et mystique. Paris, Éd. L’Harmattan, coll. Les arts d’ailleurs, 2014, 240 pages.