Joëlle Zask, Outdoor Art. La sculpture et ses lieux

Joëlle Zask, Outdoor Art. La sculpture et ses lieux, Éditions La découverte, Paris 2013. 240 p. www.editionsladecouverte.fr

Voici un ouvrage qui s’intéresse à la sculpture outdoor ou plus précisément à la sculpture installée à l’extérieur. Joëlle Zask, philosophe française spécialiste de l’oeuvre du philosophe américain John Dewey, propose une réflexion sur l’art (la sculpture) présenté à l’extérieur en tentant de cerner ce qui le constitue, ce qui lui donne sa forme et son sens. Dès l’introduction, l’auteure fait une distinction entre l’outdoor art et l’art public, terme passe-partout qui recouvre l’art présenté à l’extérieur, présupposant que tout ce qui est dehors est public et ce qui est dedans, privé…

Dans cet ouvrage, Zask essaie de définir un lieu où l’on est avec l’oeuvre, ni dominés ni dominateurs mais en interaction avec lui. Elle montre que les choix de location des oeuvres ont été peu analysés jusqu’à maintenant dans le regard que l’on pose sur elles. En tenir compte davantage serait une manière de prolonger les oeuvres au-delà de leur valeur esthétique, prenant en compte leur dimension sociale et politique. C’est avec le statut de visiteur, par opposition à celui de spectateur ou de consommateur, que l’auteure nous propose une aventure vivante avec des oeuvres liées aux lieux dans lesquels elles sont installées. L’outdoor art combinerait oeuvre et lieu, favorisant, inventant des circuits de promenade, induisant des attitudes contemplatives qui marqueraient pour toujours notre mémoire (et notre sensibilité).

Avec de nombreux exemples qui vont de Borofsky à Carl Andre en passant par Serra ou Calder, Zask aborde, entre autres, les conditions d’existence des oeuvres outdoor, souvent livrées aux intempéries, au vandalisme, à la pollution, et montre comment les éléments naturels font souvent corps avec l’oeuvre et les sculptent envers et contre tout.

On pense ici à l’oeuvre Another Place de Antony Gormley, installée sur une plage à Liverpool, dont les éléments s’enfouissent progressivement dans le sable jusqu’à disparaître, révélant ainsi un sens plus ou moins caché au départ dans l’installation.

L’auteure souligne qu’il est pratiquement impossible de classer les sculptures outdoor par catégories. Elle fait cependant une exception avec un thème qui y est récurrent, celui de la maison. Dans ce chapitre bien nommé Antimaisons : la critique de la maison inhabitable, elle montre bien comment les artistes font dévier, basculer et même culbuter en tous sens le lieu du dedans par excellence, le lieu privé, intime qu’est la maison en le propulsant à l’extérieur, mais surtout en enlevant à la maison sa fonction de cocon, la rendant inhabitable, dénuée de sa fonction essentielle. On pense à Bus Home ou encore à Device to Root Evil de Dennis Oppenheim, entre autres.

Le dernier chapitre traite des oeuvres érigées à la mémoire des juifs d’Europe, avec une attention particulière portée à l’oeuvre de Louis Kahn, Memorial to the Six Million Jewish Martyrs, oeuvre–lieu présentée comme un anti-monument. L’auteure traite de plusieurs autres mémoriaux et commente là aussi la question du lieu où ces oeuvres prennent place.

En conclusion, on peut dire avec Joëlle Zask que les sculptures qui sont des lieux inventent selon le mot de l’auteure des dispositifs à séjourner. Les oeuvres de l’outdoor sont publiques parce qu’elles contribuent à la création de lieux publics. Et c’est en se souciant de créer ces lieux que les artistes jouent leur plein rôle social et public. L’enjeu principal traité dans cette publication tient au rôle que l’on souhaite tenir dans nos promenades et même dans le monde : souhaitons-nous participer au monde, être en interaction avec les lieux et les oeuvres qui les habitent ou souhaitons-nous dominer ce qui se présente à nos yeux, insensible à ce qui rassemble sans uniformiser.

 

Joëlle Zask, Outdoor Art. La sculpture et ses lieux, Éditions La découverte, Paris 2013. 240 p.
Joëlle Zask, Outdoor Art. La sculpture et ses lieux, Éditions La découverte, Paris 2013. 240 p.