Jean-Claude Moineau, Queeriser l’art

Jean-Claude Moineau, Queeriser l’art, Dijon, Éd. les presses du réel, 2016, 192 p. Fra.

Auteur de L’Art dans l’indifférence de l’art (PPT Éditions, 2001), de Contre l’art global, Pour un art sans identité et Retour du futur, L’Art à contre-courant (Éditions Ère, 2007 et 2010), Jean-Claude Moineau avait une pratique artistique avant de devenir théoricien de l’art et de mener une réflexion plutôt critique vis-à-vis du monde de l’art. Queeriser l’art poursuit dans le même sens. Il s’agit, à l’origine, d’une intervention faite dans le cadre d’un symposium qui s’est tenu au Centre Georges-Pompidou à l’invitation de la plate-forme curatoriale Peuple qui manque (Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós). Mais sa contribution a été, ici, considérablement modifiée et augmentée. Aussi, le titre peut confondre : Queeriser l’art n’a rien à voir, ou si peu, avec un art queer, un art identifié à une catégorie d’artistes ni, comme le mentionne l’auteur, à une histoire de l’art souhaitant « esthétiser la pensée ou la pratique queer ». Le titre réfère plutôt au fait que l’art n’a pas à être identifié à une quelconque appartenance de forme. L’art est queer parce qu’il n’a pas d’origine préconçue; il n’a pas une identité propre que l’on pourrait être tenté de définir.

Divisé en onze sections, dans lesquelles l’auteur ensorcelle le lecteur de mots, de phrases, de références de toutes sortes – allant de l’art politique, à l’art engagé, à la notion d’auteur, de spectateur, à la notion de Star, d’espace public –, ce livre pose un beau défi à qui veut le lire à tout prix. Moineau se réfère à des centaines d’auteurs, philosophes, historiens d’art, sociologues dont Roland Barthes, Arthur Danto, Bruno Latour, Jean-François Lyotard, Michel Foucault, mais aussi Aristote, Marx, Karl Popper et bien d’autres qui, parfois, selon leur théorie, se retrouvent en dialogue sinon en comparaison. Mais pourquoi tout cela ? Sinon pour nous donner à penser que, hormis la grande culture de l’auteur, l’art est un terrain mouvant, difficile à maitriser, à catégoriser. De paragraphe en paragraphe – du « quand bien même que » au « encore que » –, le lecteur n’est pas au bout de ses peines et pourrait en déduire que queeriser l’art, c’est d’abord une question de style qui s’écrit sous le mode de la déconstruction.

Enfin, parce qu’elle est chiffrée zéro, la onzième et dernière section semble annoncer un recommencement. L’auteur commente ici la notion de queer sur le plan sexuel, notamment du côté de la culture gaie, mais aussi de l’art en général, de sorte que cette forme d’expérience ne soit plus sous le signe d’un processus d’identification, mais de désidentification, de critique de toute identité, ce qui rend alors difficile la frontière des genres, voire celle de l’art par rapport à toute autre activité sociale. Étant sans concept, l’art comme « métaphore absolue » devrait ainsi se déployer dans le désœuvrement, celui dans lequel s’opère un art contre l’art. Un art critique de l’art.

 

Jean-Claude Moineau, Queeriser l’art, Dijon, Éd. les presses du réel, 2016, 192 p. Fra.
Jean-Claude Moineau, Queeriser l’art, Dijon, Éd. les presses du réel, 2016, 192 p. Fra.