FTA 2019 | Daria Deflorian, Antonio Tagliarini : Quasi niente

Quasi niente
Daria Deflorian + Antonio Tagliarini
Rome, Italie
Festival TransAmériques
Usine C
Montréal
23 au 25 mai 2019

Chronique de la guerre civile

Le duo italien formé de Daria Deflorian et d’Antonio Tagliarini aborde, dans ses créations, la condition humaine confrontée à un contexte social qui la rend invivable. Le duo avait surpris lors de son passage au FTA, en 2016, avec Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni, une pièce qui abordait le suicide de retraités, lors de la crise économique en Grèce, pour soulager leurs proches du fardeau qu’ils étaient devenus. Dans la présente édition du FTA, ils reviennent avec Quasi niente (Presque rien), une pièce créée en 2018, qui, cette fois, interroge la vie dans ce qu’elle produit d’anxiété. Librement inspirés par le film culte de Michelangelo Antonioni, Le désert rouge (1964), les personnages y font référence par le lien existentiel qu’ils disent avoir avec le personnage principal, Giulinna (Monica Vitti) qui, dépressive et désinvolte, erre dans sa propre vie.

Quasi Niente met en jeu cinq personnages — trois femmes et deux hommes — sur une scène épurée si ce n’est d’une commode, d’une armoire sans porte, d’un fauteuil et de deux chaises. Les personnages passent un à un de l’arrière à l’avant-scène en se présentant selon leur âge comme s’ils étaient une carte d’identité. Ils ont un désir de parler, de prendre la parole pour décrire, à travers des anecdotes triviales, l’angoisse et l’anxiété auxquelles le jeu de la vie les confronte. Ces confessions, faites à tour de rôle sur le fauteuil comme s’il s’agissait de celui du psychanalyste, rassemblent des récits de leur vie personnelle et intime racontés avec un humour qui aplanit la détresse qui s’y trouve alors banalisée.

Le thème de l’errance apparait dès le début, lorsqu’une des femmes demande pourquoi il n’y a pas une trame de l’intrigue écrite et bien ficelée. La vie est décrite comme une pièce de théâtre pour laquelle on ne trouve ni son texte ni son rôle. Dans un humour animé par une gestuelle qui marque le ridicule des descriptions des anxiétés que vivent les personnages, ils sont habités par des questions existentielles telles : « À quoi ça rime de toujours vivre ? C’est pesant » et une recherche du sens de l’existence, « je cherche des espaces de malaises existentiels ». Pris dans le théâtre de la vie, les personnages en ont assez d’avoir « à se réparer » dans un monde où ils remarquent que le corps social a le pouvoir de les faire se sentir inférieurs.

L’attitude désinvolte tranche avec la gravité des thèmes abordés et ajoute de la légèreté aux propos des personnages qui se sentent impuissants. Quasi niente est une pièce qui traite de l’inadéquation des personnages confrontés à un monde néo-libéral qui conduit à la lassitude de la vie contre laquelle ils luttent. C’est cette lutte des personnages, qui les sépare de qui ils sont dans une tentative d’être « normaux », qui fait voir, dans la pièce de Deflorian et Tagliarini, une sorte de chronique de la guerre civile au faible coefficient de visibilité qui a cours.

Le jeu des comédiens, tout en nuance et sensible, contribue à évacuer la lourdeur du propos et à faire en sorte qu’à aucun moment la pièce ne tombe dans un pathos de la misère humaine.


Librement inspiré du film Le désert rouge de Michelangelo Antonioni
Interprétation : Francesca Cuttica, Daria Deflorian, Monica Piseddu, Benno Steinegger, Antonio Tagliarini
Collaboration à la dramaturgie et assistance à la mise en scène : Francesco Alberici
Collaboration au projet : Francesca Cuttica, Monica Piseddu, Benno Steinegger
Conseil artistique : Attilio Scarpellini
Lumières et espace : Gianni Staropoli
Son : Leonardo Cabiddu
Musique live : WoW (Leonardo Cabiddu, Francesca Cuttica)
Costumes : Metella Raboni