FTA 2018 | Matthew Barney, Valdimar Johannsson et Erna Omarsdottir : Union of The North

Union of The North
Iceland Danse Company
Festival TransAmériques
Cinémathèque québécoise
Montréal
27 – 29 mai 2018

Les familiers de l’artiste américain Matthew Barney risqueront d’être bien déçu par sa récente collaboration avec le musicien Valdimar Johannsson et sa compagne Erna Omarsdottir, directrice artistique de la Iceland Dance Company, dans laquelle on ne retrouve pas le raffinement, l’intelligence et, si peu de l’univers prosthétique trans-humaniste du cycle filmique des Cremaster, élaboré entre 1994 et 2002. De ces superproductions, il reste la mise à l’épreuve du spectateur par l’hystérie déployée (ici avec force de hurlements), l’habit-carapace rose bonbon de la serveuse du Dunkin Donuts, promue grande prêtresse d’un culte cathartique, et de la margarine en guise de matière luisante et collante, dont Barney aimait parer ses expositions et ses réalisations cinématographiques.

Une attrition du vocabulaire de Barney proportionnelle au manque d’inspiration général dû sans doute à la banalité du point de départ de ce film : la préparation d’une union (celle du musicien et de la chorégraphe), un mariage entre un homme et une femme, au milieu d’un centre commercial islandais quasi désertique, sous l’égide d’une officiante noire préposée au stand des beignes. Garçons et filles d’honneur s’emploient pendant l’heure et quart que dure ce film, à métamorphoser les futurs époux, répartis chacun entre deux écrans. Le groupe de jeunes filles aux cheveux longs et vêtues de tenues sportives opère sur la future épouse des gestes entre torture et embellissement du corps, à grand renfort de litres de sang et de mouvements saccadés, de cris pulsatiles jusqu’aux hurlements, tandis que l’homme est préparé par un coach verbomoteur dont la mélopée islandaise accompagne des gestes préparatoires qui croisent aussi sadisme et douceur confraternelle. Ces huis clos alternent avec d’autres situations un peu moins gênantes et dénuées d’intérêt que ces « soins » et rites de passage prodigués aux futurs mariés qui les transforment en créatures primitives enduites de sang et d’une matière marron (fécale ?). Elles se déroulent respectivement dans les rayons d’une grande épicerie et d’un magasin d’articles de sport parmi lesquels ces Ménades et ces faunes dignes d’une fresque bachique s’adonnent à quelques prouesses physiques, allant de la gymnastique linguale à la lutte gréco-romaine. Le tout sous le regard de caissières impavides. On prie alors que le film ne s’embarque pas dans une critique du consumériste tout aussi grotesque que cette célébration sous le signe du donut, « customisé » à la feuille d’or par notre divinité noire à la voix délivrant une mélopée tantôt irritante, tantôt enivrante.

Que l’on se rassure (ou se désole), tout reste en surface ici. Seule trouvaille de ce triste mariage, la capacité à déformer corps et visages sans l’aide des habituelles prothèses dont est friand Barney. Ainsi, lors de l’union finale, les accompagnantes en viennent à s’écraser contre une tente gonflable en plastique transparent, entrainant des déformations physiques foudroyantes, une plasticité fascinante digne d’effets spéciaux numériques. Union of the North emprunte à la culture sumérienne sa déesse chantante, prénommée Nammu et interprétée par la chanteuse expérimentale Sofia Jernberg, autant qu’il puise ses références un peu partout dans la mythologie et l’histoire des rites du mariage pour composer ce collage plus qu’hétéroclite. Ainsi le corps du marié peut-il souvent évoquer les martyres chrétiens des tableaux de la Renaissance italienne, tandis que celui de la femme, recouvert de sang évoquera des rites païens du fond des âges. Une union qui exacerbe le grotesque sans stimuler l’imagination, laissant le spectateur dans un épuisement contre-productif.