FTA 2018 | Sarah Vanhee : Oblivion

Oblivion
Sarah Vanhee
Festival TransAmériques
5e salle de la Place-des-Arts
Montréal
26 – 28 mai 2018

La question des déchets — ce qui est rejeté comme empaquetage, emballage, contenants de toutes sortes de papier, de verre ou de plastique — n’est pas nouvelle chez les artistes du milieu des arts visuels. Que l’artiste performeuse belge Sarah Vanhee s’y intéresse également est tout à fait louable. À l’ère du « Plasticène », la question devient d’une importance cruciale pour la planète entière, mais c’est surtout la façon dont Vanhee amène le sujet et le représente sur scène qui devait nous intéresser.

Performance théâtrale, Oblivion a été produite en 2015. Depuis, ce spectacle de plus de deux heures et dans lequel l’artiste se trouve seule sur scène a été présenté à plusieurs reprises dans le monde entier. C’était autour du FTA d’intégrer dans sa programmation cette performance où l’artiste étale soigneusement sur la scène le contenu de dizaines de boîtes dans lesquelles elle entasse des déchets qu’elle a conservés durant une année entière, hormis, dira-t-elle, ceux qu’elle a produits lors de ses déplacements. Donc, pendant plus de deux heures, parfois en silence, parfois et le plus souvent en nous racontant diverses histoires sur ce que les déchets lui inspirent, Vanhee dépose, un à un, sur la scène, des morceaux de papier, des sacs de plastique, des bouteilles, aussi en plastique, sinon en verre, quelques morceaux de tissus, mais rien de vraiment sale et de putrescible. Cela peut facilement se comprendre. Pour le reste, les restes, elle a photographié ses déchets organiques et elle a tenu un journal sur ses défécations. Elle va donc, pendant un certain temps, nous entretenir sur ce que nous produisons comme déchet alors que, comme tout être vivant, nous déféquons le résidu de notre digestion. Elle nous récite aussi une liste interminable de titres d’ouvrages, dont Histoire de la merde de Dominique Laporte, cette histoire taboue, celle que nous évitons, car elle nous trouble et nous gêne.

Oblivion rappelle ainsi que le rapport que nous entretenons avec les déchets peut être très intime. Non seulement avec ceux que nous produisons en tant qu’organisme vivant, mais aussi avec ceux dont nous avons du mal à nous départir, alors que d’autres, devenus inutiles, sont vite jetés et oubliés. Aussi, l’artiste nous confie qu’elle s’intéresse à ce qui est rendu invisible, à ce qui se perd et disparaît, mais aussi à ce que nous rejetons facilement parce que notre société nous le permet. Et justement, au début de sa prise de parole, il est question des gens qui vivent, de par le monde, des restes de nourriture abandonnés par les autres qui jettent sans compter; il est fait mention de ces pays qui reçoivent ce dont nous ne voulons plus. Un peu plus tard, en déposant sur la scène une bouteille de plastique, elle nous rappelle ce qu’il en coûte pour la produire et toute l’industrie du pétrole qui se trouve derrière. Il y a des choix que, depuis des années, nous avons pris; des choix qui sont devenus, à la longue, néfastes; des choix qui devraient nous donner à penser d’autres manières de faire, d’autres façons de gérer l’économie globale et l’industrie du déchet.

Une performance théâtrale telle qu’Oblivion peut certes mettre en représentation de nouvelles façons de vivre notre rapport à ce que nous considérons comme détritus, mais elle ne peut le faire sans tenir compte des spectateurs et du spectacle en termes de rythme, de texte récité, mais aussi de mise en scène. Même si elle peut faire réfléchir, le public, attentif certes, mais impassible, est aussi le spectateur d’une installation qui, peu à peu, se dévoile devant lui et apparaît, au final, comme une « œuvre plastique » à contempler rapidement le temps que dureront les applaudissements.