De la minéralité pour révéler « le rien »
Je suis dans un petit appartement du Vieux-Québec. La lumière du début du printemps inonde l’espace. Le plancher craque sous mes pieds tandis que je circule autour d’imposantes masses de plâtre. Lourdes sur le sol, elles laissent pourtant une impression surprenante de légèreté. Malgré leur surface lisse, visiblement travaillée, leur matérialité — ou devrais-je dire leur matière — s’impose.
La pratique de Danielle Cormier est sculpturale, caractérisée par les préoccupations propres au médium : les vides et les pleins, et l’effet de l’objet sur notre rapport à l’espace. Toutefois, au fil des années à côtoyer ses œuvres, c’est bien leur matérialité qui s’imprègne dans ma mémoire. Pour l’artiste, la matière occupe d’ailleurs une place essentielle dans son processus de création :
Bien que l’on puisse aisément envisager mon travail en fonction de son rapport à la technique, il est soutenu par une motivation d’un autre ordre, non pas sans lien avec elle, mais peut-être encore plus élémentaire : avec la matière, je m’engage physiquement. Cela me permet de penser avec, et ainsi, d’avoir la sensation de saisir les choses depuis leur intériorité.1
L’intériorité, c’est donc cette implication tactile avec la matière. Parallèlement, c’est aussi ce qui caractérise le minerai du plâtre qu’elle travaille : celui des entrailles de la terre où il se forme. En effet, le plâtre, bien qu’on l’oublie par ses nombreuses transformations ainsi que par son omniprésence dans notre quotidien, est constitué de roches sédimentaires transformées en poudre,
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