Catherine Bélanger, Jean était gaucher
6 novembre
- 14 décembre 2025
La galerie semble bien vide. Fixées sur les quatre murs, quatre grandes photos attirent le premier regard. Au centre, deux installations captent aussitôt l’attention. L’une est le squelette d’un comptoir de cuisine sur lequel reposent une jatte en verre et une tasse à mesurer. L’autre est constituée de deux chaises identiques avec des restes de sarriette séchée au sol. Artefacts d’une performance réalisée le soir du vernissage par l’artiste, dans laquelle elle dénude les branches de l’herbe aromatique pour sa réserve d’hiver.
Ce jour-là, Catherine Bélanger est concentrée sur son action, simple et répétitive. Un geste immémorial : extraire une tige du bouquet et, par frottis des doigts, en détacher les feuilles pour les recueillir. Après un certain temps, son regard se détourne de l’ouvrage et fixe la photo sur le mur à sa droite. Des objets usuels abandonnés sur la table y proposent un paysage du quotidien : une boite métallique, une pomme, un cellulaire, une fleur flétrie, un étui à lunettes, un stylo-feutre près d’un carnet de notes, un trousseau de clefs laissé sur une enveloppe, un bol contenant… de la sarriette séchée. Le soleil entre par la porte-fenêtre coulissante, trace un rectangle lumineux sur la nappe fleurie. Alors, la chose se produit. Une légère vibration ondule au-dessus du récipient, animant désormais ce décor déposé dans l’illusion de l’immobilité : une faible oscillation, comme celle qui nous permet de percevoir les ondes de chaleur s’élevant du sol en temps de canicule. Celle-ci reste ténue, mais retient notre attention.
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