Emmanuelle Jacques, Louise Robert : Elle erre à l’œil et au cœur
2025, 72 p. III. couleur. Fra.
Combien de fois, en présence des vestiges de la vie d’un·e artiste, se retrouve-t-on devant une pratique réduite à des fragments ? Notes, inventaires, documents souvent vastes et lacunaires — on en devine l’importance sans toujours saisir la logique qui les relie. À l’inverse, la peintre Louise Robert (1941–2022) tenait des registres méticuleux de son inventaire, de ses ventes et de ses expositions.
Ce roman graphique, écrit et dessiné par l’artiste pluridisciplinaire Emmanuelle Jacques, ne constitue pas un ajout accessoire à cette documentation; il s’impose plutôt comme une expression intime et singulière, se déployant en un portrait polyphonique du travail d’archive. Jacques introduit une dimension affective que les outils traditionnels de l’histoire de l’art tendent à neutraliser. Là où le catalogue raisonné organise et stabilise, le dessin ouvre des zones d’incertitude.
Entrelaçant réflexions et dialogues à ses dessins cinétiques, l’autrice compose le récit de sa rencontre avec le commissaire et historien de l’art Michel Huard. L’engagement de Huard dans la constitution du catalogue raisonné de Louise Robert, ainsi que dans son entrée dans la vie de la peintre à son crépuscule, se révèle pleinement. Le livre ne se limite pas à documenter la pratique de Louise Robert : il met en scène une chaîne de médiation, où Jacques observe le travail de Huard aux côtés de celui de Robert, créant ainsi une mise en abyme du regard et du devoir de mémoire.
Tout comme l’acte d’examiner l’endos d’un tableau nous permet de découvrir les empreintes léguées par l’artiste, Jacques
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