Camilla Nicklaus-Maurer, Dig in! Scent and Art

Camilla Nicklaus-Maurer. Dig in! Scent and Art, Frankfurt am Main, 2016, 92 pages, Ill. couleur. Ger/Eng

Invitant à chercher ce qui est caché, l’injonction lancée dès le titre de l’exposition monographique de Camilla Nicklaus-Maurer, présentée au Künstlervereinigung (Dachau), introduit à merveille une pratique qui se répand dans l’espace tout en demeurant invisible : l’art olfactif. L’exposition étant, comme les parfums présentés, éphémère et inscrite dans le temps, il n’en reste à présent qu’un catalogue bilingue (allemand/anglais) documentant non seulement l’événement, mais aussi l’émergence, depuis la fin des années 1990, de l’art olfactif.

Ce livre, très bien illustré, rend compte à la fois d’une démarche artistique et des recherches sur la science et la culture olfactives qui l’ont inspirée. Ainsi, le texte introductif, rédigé en collaboration avec une biologiste, décrit précisément la physiologie de la perception olfactive. Aux données scientifiques, l’auteure articule ensuite les contingences historiques, en relatant l’histoire des fonctions religieuses et sociales du parfum.

Dans un second temps sont présentées les treize œuvres qui constituent l’exposition. Distribuées autour d’une table, treize odeurs sous cloche font référence, olfactivement, à des œuvres réalisées antérieurement par l’artiste. Chaque installation, décrite sur un cartel figurant un menu, met en relief ce qui caractérise les senteurs; qu’il s’agisse de la persistance de parfums réputés éphémères comme celle de l’encens, dont l’odeur imprègne durablement les livres de la bibliothèque où l’artiste fait brûler de la résine dans une poêle à frire, ou encore de la volatilité d’effluves telle que celles émanant des centaines de gousses de vanille que Nicklaus-Maurer a enfermées dans la cellule d’un commissariat de police (Sweet dreams). En outre, sa démarche artistique entre souvent en dialogue avec l’histoire de l’art, dont elle souligne l’anosmie. L’artiste fait ainsi référence à Joseph Kosuth ou encore à Magritte, dans une œuvre intitulée Ceci est (l’odeur d’) une pipe, qui lui permet de rappeler l’interaction entre perceptions visuelle et olfactive.

Enfin, l’ouvrage se clôt sur un panorama historique de l’art olfactif, mené à travers une série d’exemples propres à ménager la singularité des œuvres au sein d’une réflexion générale. Ce texte fait émerger des catégories, mais aussi un canon de l’art olfactif, dont Sissel Tolaas est l’une des premières figures emblématiques, ainsi que de nombreux questionnements quant aux enjeux muséographiques, aux contraintes techniques liées à l’exposition d’odeurs ou à la nécessité pour l’artiste olfactif d’expliquer son œuvre. Ce catalogue d’une centaine de pages offre ainsi une introduction riche à l’immense potentiel de l’articulation entre l’art et l’odorat.

 

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