Camp Fires. Le Baroque Queer de Léopold L. Foulem, Paul Mathieu, Richard Millette. (sous la direction de Paula Sarson)

Camp Fires. Le Baroque Queer de Léopold L. Foulem, Paul Mathieu, Richard Millette. (sous la direction de Paula Sarson), Toronto, Gardiner Museum, 2014. Ill. couleur. Eng/Fra.

Abondamment illustré de photographies couleur, l’ouvrage bilingue a été publié à l’occasion de la World Pride 2014 à Toronto. Il accompagne l’exposition qui, d’abord tenue au George R. Gardiner Museum of Ceramic Art (Toronto) et à la Saint Mary’s University Art Gallery (Halifax), se poursuivra au Musée McCord, à Montréal, du 10 avril au 16 août 2015. Kelvin Browne explique dans son Avant-propos que le terme « Camp » renvoie à l’idée d’artifice, d’exagération alors que le « baroque » privilégie le débordement, l’agitation, la profusion des ornements et le spectaculaire. Et c’est bien à toute cette exubérance que nous convient les trois céramistes, à laquelle il faut ajouter une maîtrise technique saisissante dans l’exécution et le rendu des pièces.

Un autre aspect particulier est l’orientation « queer » des oeuvres, soit leur connotation gay. Là encore, les protagonistes s’en donnent à coeur joie, proposant un corpus où foisonnent objets fétichistes, phallus en érection, scènes de genre, icônes religieuses et imageries érotiques, le tout souvent jumelé à des bibelots et à des poteries traditionnelles comme des vases, des théières, des tasses, des jarres et des assiettes. Une exposition au contenu des plus explicites que certains pourraient qualifier d’audacieuse, d’autant plus qu’elle est présentée dans des institutions muséales officielles, démontrant ainsi à quel point les mentalités ont changé au fil des années (comme en témoigne également l’exposition Masculin/Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours au Musée d’Orsay à Paris). Le commissaire Robin Metcalfe précise que l’intention n’est pas uniquement de montrer comment ces céramiques sont gays, mais plutôt de voir « la manière dont chacun des artistes approche les enjeux critiques qui sont implicites au “Camp” », notamment les questions de surface, de profondeur, d’appropriation, de collage, et la re-lecture d’images et de formes conventionnelles.

L’un des artistes, Léopold L. Foulem, affirme : « Mes céramiques parlent d’art et de céramique et, ultimement, elles parlent de céramique comme forme d’art. […] Je crois que l’art authentique est question de concepts, certainement pas de moyen d’expression ou de style, ni même d’exécution. » C’est à une visite fructueuse et stimulante de ces « concepts » que nous entraîne l’exposition (et la lecture du catalogue), nous permettant de découvrir le travail de créateurs chevronnés à l’imagination assurément débordante dont les oeuvres, parfois sur le mode humoristique, n’en abordent pas moins des thèmes fort sérieux, que ce soit le sadomasochisme, le sida ou la pédophilie des prêtres.

 

Camp Fires. Le Baroque Queer de Léopold L. Foulem, Paul Mathieu, Richard Millette. (sous la direction de Paula Sarson), Toronto, Gardiner Museum, 2014. Ill. couleur. Eng/Fra.