Aux pays des merveilles. Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis (sous la direction d’Ilene Susan Fort et de Tere Arck)

Aux pays des merveilles. Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis (sous la direction d’Ilene Susan Fort et de Tere Arck), Éd. Los Angeles County Museum of Art et DelMonico/Prestel, traduit de l’anglais par Jean-François Allain, 2012, 256 p.,ill. couleurs.

Ce magnifique ouvrage est la version française du catalogue qui accompagne une intéressante exposition, présentée du 7 juin au 3 septembre 2012, au Musée national des beaux-arts de Québec. Ayant pour thème la production de quarante-huit femmes artistes qui ont été inspirées par le surréalisme, cette exposition est organisée par le Museo de Arte Moderno de Mexico (MAM) et le Los Angeles County Museum of Art (LACMA 1). L’idée de rassembler près de cent quatre-vingts oeuvres provenant de soixante-quinze collections publiques et privées a émergé d’une rencontre fortuite entre Tere Arcq et Ilene Susan Fort, deux conservatrices passionnées par le surréalisme tel qu’il se manifeste dans l’oeuvre des femmes du Mexique et des États-Unis. Puisqu’une telle exposition n’a jamais été proposée au public jusqu’à ce jour, on comprend l’importance de cette publication qui, en plus des textes de Arck et de Fort, rassemble ceux d’auteurs chevronnés comme Dawn Ades, Whitney Chadwick, Rita Eder, Teri Geis et Salomon Grimberg. Ayant pour sujets l’inconscient et l’identité féminine, éros et thanatos, l’art des cultures indigènes, les rituels chamaniques et la photographie, leurs contributions nous proposent diverses analyses démontrant l’apport indéniable des femmes artistes à ce mouvement.

À la suite de la Première Guerre mondiale, le surréalisme a surtout été associé à des poètes et à des artistes masculins, André Breton, Paul Éluard et Max Ernst en tête. Dans ces premiers développements, la femme au sein de ce mouvement sera considérée d’abord comme une muse. Ce n’est que plus tard, lors de la seconde Grande Guerre, que plusieurs femmes participant à ce mouvement vont refuser le rôle d’inspiratrice et marquer ainsi une distance entre la femme d’artiste et la femme artiste. Elles savaient que l’esthétique surréaliste rendait possible une libération sans précédent en vue d’acquérir une pleine et entière autonomie sur le plan de l’activité créatrice. À partir de leurs cultures respectives, les textes des commissaires Arcq et Fort vont tous les deux approfondir cet aspect émancipateur dans la création des femmes mexicaines et étatsuniennes. Alors que le Mexique qui, depuis longtemps, fascinait les surréalistes, se révèle une patrie conquise d’avance, les États-Unis offriront surtout les possibilités d’une émancipation préfigurant le mouvement féministe en leur permettant de s’affranchir du joug d’une société patriarcale. En fait, l’expérience de la vie encouragée par le surréalisme devait leur apporter de nouvelles façons d’examiner les questions du corps, du désir, de la sexualité, ce qui les autorisera à explorer et à élargir, au moyen de la peinture, de la photographie et de la sculpture, l’univers du surréel. C’est d’ailleurs un des mérites de cet ouvrage de montrer comment les Gertrude Abercrombie, Louise Bourgeois, Leonora Carringthon, Frida Kahlo, Jacqueline Lamba, Lee Miller, Alice Rahon, Kay Sage, Dorothea Tanning et Remedios Varo ont participé à l’essor de l’imaginaire surréaliste sur le continent américain.

Magnifiquement illustré, ce catalogue poursuit admirablement le travail amorcé par Whitney Chadwick avec son livre intitulé Women Artists and the Surrealist Movement (Thames & Hudson, 1985 2). Il souligne également l’importance de la création artistique des femmes qui, jusqu’à ce jour, n’a pas été montrée à sa juste valeur. Même si cette esthétique qui lorgne souvent du côté du fantastique et de l’onirique ne peut plaire à tout le monde, il était important de relever, par cette exposition et ce catalogue, en quoi ces artistes ont permis de « repenser radicalement la manière de voir le surréalisme en dehors des manifestes et écrits de Breton ».

 


  1. L’exposition a d’abord été présentée au LACMA, du 9 janvier au 6 mai 2012. Après sa venue à Québec, elle sera montrée au MAM, du 27 septembre 2012 au 13 janvier 2013.
  2. Cet ouvrage a été traduit en français, sous le titre Les femmes dans le mouvement surréaliste, toujours chez le même éditeur, en 2002.

 

Aux pays des merveilles. Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis (sous la direction d’Ilene Susan Fort et de Tere Arck), Éd. Los Angeles County Museum of Art et DelMonico/ Prestel, traduit de l’anglais par Jean-François Allain, 2012, 256 p., ill. couleurs.
Aux pays des merveilles. Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis (sous la direction d’Ilene Susan Fort et de Tere Arck), Éd. Los Angeles County Museum of Art et DelMonico/ Prestel, traduit de l’anglais par Jean-François Allain, 2012, 256 p., ill. couleurs.